Concerts | Festivals

L’orgue dans tous ses états

Baptiste Genniaux à l'orgue de l'église des Minimes - Photo Classictoulouse -

Comme chaque année, les Quartiers d’Été du festival Toulouse les Orgues animent la saison estivale toulousaine. Ces rencontres originales donnent rendez-vous aux mélomanes, amateurs du patrimoine et curieux, autour des orgues emblématiques de la ville rose. Samedi 27 juillet à 10h30 et à 14h30, l’organiste Baptiste Genniaux invitait à la découverte de l’orgue de l’église des Minimes avec deux « Visites concertantes », rendez-vous organisés en partenariat avec l’Espace Patrimoine.

En particulier, la visites de 14 h 30 s’est avérée passionnante et pleine de découvertes. L’organiste Baptiste Genniaux a organisé cette rencontre avec intelligence et pédagogie. Ce natif de Rodez a étudié l’orgue au CNR de Toulouse avec Francis Jacob, Willem Jansen et Michel Bouvard. En novembre 2000, il a été nommé titulaire de l’orgue de Naucelle en Aveyron et en 2004, il a obtenu le Prix d’orgue du CNR de Toulouse avec mention très bien.

Ce 27 juillet dernier, le musicien s’adresse tout d’abord à l’assistance réunie dans la nef de l’église. Avec précision et humour, il retrace les grandes lignes du développement de la pratique de l’orgue dans notre région et au-delà. Une pratique qui doit beaucoup à Xavier Darasse auquel l’organiste rend hommage.

Baptiste Genniaux présentant la rencontre – Photo Classictoulouse –

Concernant l’orgue de l’église, on apprend qu’en 1986 l’Association des Amis des orgues des Minimes voit le jour, dans le but de doter le monument d’un nouvel instrument. En 1987, le facteur Pierre Vialle, de Fleurance (Gers), met en œuvre un nouveau projet. L’instrument est placé sur le côté de la tribune en fond de nef avec un support en forme de nid d’hirondelle sur le mur nord. Il est achevé en 1991. Au bout de deux décennies, l’orgue présente des dysfonctionnements. En 2014, le facteur Jean Daldosso, de Gimont (Gers), procède à sa restauration et à son amélioration. En particulier, la trompette en chamade est refaite et les tuyaux sont rallongés pour en améliorer le timbre comme c’est le cas sur les orgues ibériques du XVIIe siècle. Avec ses 17 jeux sur deux claviers et un pédalier, cet orgue peut faire résonner le répertoire de la Renaissance et du baroque français, italien, espagnol, portugais et anglais avec les caractéristiques des timbres de l’époque.

Passant de la théorie à la pratique, Baptiste Genniaux offre ensuite un mini-récital particulièrement représentatif des caractéristiques de l’instrument. Le programme s’ouvre sur une série de variations sur le thème célèbre des Folies d’Espagne, du compositeur français Michel Corrette (1707-1795). Le déploiement des couleurs est mis en valeur par les qualités intrinsèques de l’orgue et celles de l’interprète. Suit une pièce intitulée Daphné d’un compositeur flamant anonyme du 17ème siècle : musique d’abord paisible, puis solennelle. Ouvrant largement le répertoire de l’instrument, Baptiste Genniaux joue quelques extraits d’une pièce du compositeur américain Philip Glass, né en 1937 et classé parmi la mouvance « répétitive » ou « minimaliste ». Les motifs se croisent dans cette partition construite par « mouvements contraires », une notion parfaitement expliquée par l’interprète.

Cet intermède musical se conclut sur un clin d’œil parfaitement en situation : le début de l’emblématique Toccata et fugue en ré mineur de Johann Sebastian Bach, joué avec une flamme particulière.

Le buffet de l’orgue de l’église des Minimes – Photo Classictoulouse –

Baptiste Genniaux invite enfin l’assistance à le suivre jusqu’à la tribune de l’orgue ou s’instaure un dialogue autour d’une présentation détaillée de l’instrument avec application immédiate ! Bien des « secrets » de son fonctionnement sont alors dévoilés et expliqués. Les différents types de tuyaux, leur composition, leur disposition, l’utilisation des jeux et leur combinaison sont habilement décrits. Une attention particulière se porte sur les tuyaux en chamade, les plus spectaculaires, tant sur le plan visuel, que sur celui des sonorités. L’écoute au plus près de l’instrument en fournit une autre « vision auditive » que chaque spectateur apprécie à sa juste valeur. Un grand bravo pour l’initiative et sa réalisation !

Serge Chauzy

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