Concerts

Les splendeurs musicales de l’ancienne Espagne

L’ensemble de cuivres anciens de Toulouse, « Les Sacqueboutiers », proposait, le 23 avril dernier, un fascinant programme de musique de l’Espagne du XVIe siècle. Organisé dans ce splendide joyau médiéval qu’est l’abbatiale de Moissac, le concert associait aux musiciens toulousains le jeune ensemble catalan « La Caravaggia ».

Quelques musiciens de l’ensemble toulousain « Les Sacqueboutiers » et de l’ensemble catalan « La Caravaggia »- ©Michel laborde

Basée à Barcelone, « La Caravaggia » a remporté en 2006 le 1er Concours International de Cuivres Anciens, précisément organisé à Toulouse par « Les Sacqueboutiers », à l’occasion du trentième anniversaire de leur fondation. Ainsi regroupées, les deux formations rassemblent onze musiciens, tous rompus à ce répertoire d’une grande richesse colorée.

Jean-Pierre Canihac, Lluis Coll, cornets à bouquin, Béatrice Delpierre, Philippe Canguilhem, chalemies, Daniel Lassalle, Simeon Galduf, Fabien Dornic, Jordi Jimenez, sacqueboutes, Josep Borras, Joaquim Guerra, dulcianes, et Pedro Estevan, percussions, présentent ainsi un florilège de ces pièces qui accompagnaient notamment les cérémonies religieuses à la Cour de Castille au XVIe siècle. Le Duc de Lerma, personnage haut en couleur de la cour du roi Philippe III est ici le catalyseur d’un important développement musical. Nous devons notamment à ce grand protecteur des arts un recueil de chansons, le « Cancionero del Duque de Lerma », paru en 1607, et à partir duquel est bâti le programme de ce concert.

Judicieusement répartis dans l’abbatiale de Moissac, parfois regroupés devant la percussion raffinée de Pedro Estevan, parfois divisés en deux, voire en trois cœurs, les musiciens des deux ensembles fusionnent si parfaitement leur jeu qu’ils ne forment plus qu’une seule entité, animée par le désir de faire revivre un splendide répertoire. Présenté, avec son talent habituel, par Philippe Canguilhem, musicologue compétent et actif, ce programme déroule alors la pure beauté de son chant instrumental.

La soirée s’ouvre précisément sur une « instrumentation » d’un anonyme de la célèbre chanson de Clément Janequin « La Bataille ». Les rythmes s’enchaînent, les sonorités éclatent en imitations belliqueuses. Suit une série de pièces alternant les atmosphères les plus subtilement suggérées : les tendres effusions de Nicolas Gombert, dans « Mon seul », l’agitation des rythmes syncopés (« Las de las medias », d’un anonyme), la nostalgie prenante de « Bonjour mon cœur » du génial Orlando di Lassus. L’émouvant « Ave Maria » de Josquin des Prez, d’une douce tristesse précède un éblouissant jeu d’échanges entre cuivres et anches signé Francisco Guerrero et Cristobal de Morales.

Ces pièces en dialogue, et pas seulement en écho mécanique, se succèdent pour le plus grand plaisir de l’esprit et du cœur jusqu’à une somptueuse conclusion, un « I Tono », de Philippe Rogier, que les interprètes portent à incandescence dans un crescendo final irrésistible gorgé d’adrénaline.

Attentifs les uns aux autres, imaginatifs dans les ornementations, soignants la richesse de leurs sonorités, les musiciens français et catalans mêlent leurs talents dans la plus parfaite harmonie pour un public ravi et enthousiaste.

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