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Les défis relevés de la « Résurrection »

Tugan Sokhiev et l’Orchestre du Capitole se lancent en effet un beau défi avec cette triple interprétation de la mythique Symphonie n° 2 en ut mineur (la tonalité n’est pas neutre !) de Gustav Mahler, avec la participation de l’Orfeón Donostiarra. Après ce premier concert du 16 mars, la Halle aux Grains reçoit de nouveau, le 17, cette exécution qui est enfin exportée à la salle Pleyel de Paris, le 18 mars. Une longue et enthousiaste ovation a salué l’événement dès sa première présentation toulousaine.
Parmi les grandes fresques symphoniques mahlériennes, la deuxième symphonie occupe une place à part. Le sujet qu’elle traite, vaincre la mort par la résurrection, dépasse largement la seule problématique religieuse. Symphonie chrétienne, offrande d’un juif nouvellement converti, ou fervent hymne à la vie au-delà de notre horizon humain, elle est tout cela à la fois. Mahler lui-même, qui pourtant quitta ce monde bien précocement, n’écrivait-il pas à l’intention de son ami le chef d’orchestre Bruno Walter : « Plus que jamais, la soif de vivre me tient au corps, plus que jamais je trouve agréable la douce habitude d’exister. Comme il est absurde de se laisser submerger par les tourbillons du fleuve de l’existence ! » Bruno Walter, le chef d’orchestre ami de Mahler, voyait d’ailleurs dans cette partition multiforme la face sombre de ce long cheminement qui conduit de la noirceur du désespoir à la révélation de l’éternité : « Malgré les forces sonores qui s’y déchaînent, on ne peut point cacher les tourments intérieurs et la nostalgie qui y règnent. »

Le vaste dispositif orchestral et choral réuni sous la direction de Tugan Sokhiev pour l’exécution de la 2ème symphonie « Résurrection » de Mahler – Photo Classictoulouse –

Ainsi, cette œuvre étonnante se conçoit comme un lent parcours de l’ombre à la lumière. De l’angoisse à la certitude. C’est bien ainsi que Tugan Sokhiev la conduit à la tête de la phalange toulousaine. Pour le dramatique premier volet, Allegro Maestoso, il choisit un tempo particulièrement lent, torturé, grâce auquel les éléments du discours se mettent lentement en place. Nos habitudes d’écoute sont indéniablement bousculées. Mais la construction si complexe de ce mouvement, initialement une marche funèbre, apparaît ainsi comme un cheminement vers un tragique Golgotha. Lorsque surgit enfin le thème du Dies irae, le drame éclate dans une sorte de noirceur sinistre.

Quel contraste avec le mouvement suivant, Andante Moderato, tout imprégné de douce tendresse ! Là aussi prise dans un tempo très retenu, cette confidence pleine de nostalgie printanière tente de soigner les blessures de la vie. Elle est suivie de la savoureuse allusion au « Knaben Wunderhorn » (Le cor merveilleux de l’enfant), ce cycle poétique et populaire dans lequel Mahler a puisé une part fondamentale de son inspiration. L’autocitation du « Prêche aux poissons de Saint-Antoine de Padoue » est dirigée ici avec l’ironie, la vivacité, la succession de contrastes qui s’imposent. L’orchestre réagit avec une acuité et une réactivité admirables. L’explosion de révolte qui interrompt la ronde atteint une force irrésistible.

L’Orchestre national du Capitole, le choeur de l’Orfeón Donostiarra et les deux solistes dans le final de la 2ème symphonie « Résurrection » de Mahler – Photo Classictoulouse –

Urlicht (Lumière des origines) introduit la voix d’alto, comme un écho dans les ténèbres, de Janina Baechle, timbre un peu clair pour cette incantation partagée entre espoir et angoisse. Cette lente complainte mène à l’immense final qui renverse toutes les certitudes. C’est alors l’irrésistible ascension vers la lumière. L’orchestre y réalise des miracles de timbre, de couleurs, de contrastes. Tugan Sokhiev équilibre les pupitres, cordes, bois, cuivres, avec un soin qui permet les contrastes les plus extrêmes. Les fortissimi explosifs ne saturent jamais l’espace sonore. La beauté des timbres n’est jamais sacrifiée à l’intensité de l’expression. Et puis le chœur fait une apparition prodigieuse. Admirable Orfeón Donostiarra ! Les premier mots : « Aufersteh’n » (Ressusciter), à peine murmurés, qui émergent du silence, serrent les gorges, donnent le frisson. Comme si elle nous prenait la main dans cette ascension vers la lumière, la musique transcende le propos. Les voix solistes, la soprano Anastasia Kalagina et l’alto Janina Baechle, se mêlent au « chant des peuples ». Ce final éblouissant donne une idée de l’éternité…

Il faut souligner l’excellence de la participation de chaque pupitre de l’orchestre à l’ensemble. Cuivres rutilants, bois raffinés, percussions précises, et bien sûr tout le quintette à cordes, harpes comprises, avec une mention spéciale pour Geneviève Laurenceau, premier violon solo, contribuent à cette belle réussite.

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