Le dernier concert de la saison des Arts Renaissants, ce 1er avril, a rassemblé un large public à l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines. L’Ensemble instrumental Amarillis, dirigé par Héloïse Gaillard, y entourait Patricia Petibon dans son incarnation musicale de trois reines aux destinées hors normes : Queen Mary, illustrée par Henry Purcell, Aliénor d’Aquitaine, avec une création du compositeur d’aujourd’hui Thierry Escaich et Agrippine la jeune, célébrée par Georg Friedrich Händel.
Ce soir-là, la soprano Patricia Petibon incarne successivement ces trois souveraines aux destins exemplaires. Elle ne se contente pas de chanter ces rôles, elle les joue de tout son corps (aux attitudes parfois gentiment clownesques !) et des expressions de son visage.
Le concert s’ouvre néanmoins sur une série de suites instrumentales des opéras The Fairy Queen, de Timon of Athen et de King Arthur d’Henry Purcell (1659-1695). Les sept musiciens de l’Ensemble Amarillis y déploient une science musicale de toute beauté. Héloïse Gaillard dirige ses musiciens tout en pratiquant, de manière remarquablement virtuose, plusieurs instruments à vent de la période renaissance : le hautbois baroque (ou chalemie) et toute une série de flûtes à bec, depuis la minuscule sopranino jusqu’à la version ténor. Les instruments à cordes frottées (violon, alto, viole et violoncelle) et à cordes pincées (clavecin, guitare et théorbe) sont complétés par une impressionnante batterie de percussions. Les belles couleurs de ce répertoire y brillent de mille feux.

Patricia Petibon entre alors en scène pour une incarnation particulière de la célèbre Queen Mary. Elle chante l’air Ground Crown the altar, extrait de l’Ode en l’honneur de l’anniversaire la Reine Mary de Henry Purcell. Si son timbre vocal s’est assombri, elle n’en prononce pas moins parfaitement les paroles du poème, signé Nahum Tate, de cette tragique lamentation.
Le destin dramatique de la reine de France et d’Angleterre Aliénor d’Aquitaine a inspiré à l’organiste et compositeur Thierry Escaich (né en 1965) une cantate intitulée Tombeau pour Aliénor, sur un poème d’Olivier Py, que les interprètes s’approprient avec conviction. Le langage musical de cette œuvre nouvelle couvre un domaine qui va de la Renaissance au théâtre d’aujourd’hui. Le spectacle présenté est à la fois joué, mis en scène, chanté et parlé. La partie soliste comporte d’ailleurs quelques épisodes de Sprechgesang tel que l’ont imaginé et pratiqué Arnold Schönberg ou Alban Berg ! Patricia Petibon chante, parle et joue cette tragédie de tout son corps. Précisons que Tombeau pour Aliénor est précédé de la Pavane Z 752 d’Henry Purcell, et que l’œuvre s’achève sur une Chaconne inspirée de la Chaconne Z 730 du même compositeur. Comme un retour aux sources.

Toute la seconde partie du concert est consacrée au portrait brossé par Georg Friedrich Händel de l’impératrice romaine Agrippine la jeune, sœur de Caligula et future mère de Néron. Des extraits de son opéra éponyme mais aussi de sa Cantate Agrippina condotta a morire alternent avec des pièces instrumentales dans une sorte de medley bien agencé. Si Patricia Petibon peine parfois à réunir les différents registres de sa voix (certains aigus sonnent comme des cris), elle incarne le personnage de manière convaincante. A la suite de l’Andante de la Sonate HWV 404, elle évoque de nouveau le tombeau d’Aliénor, comme pour boucler la boucle.
Une danse de Marin Marais, offerte en bis, conclut cette soirée « royale ».
Serge Chauzy