Concerts

Le Messie, la magie, la fête

Le Chœur de Chambre Accentus, l'Insula Orchestra, sous la direction de Laurence Equilbey - Photo Classictoulouse -

L’approche de la fête de Noël donne lieu à de nombreuses célébrations, notamment musicales. Les représentations de l’oratorio des oratorios, autrement dit Le Messie de Georg Friedrich Haendel, en font partie. La venue à Toulouse, à l’invitation des Grands Interprètes, de Laurence Equilbey et des deux ensemble qu’elle a fondés a suscité un vaste engouement des mélomanes toulousains. Un engouement qui n’a pas été déçu !

Le 20 décembre, le Chœur de chambre Accentus, fondé en 1991 et l’ensemble instrumental Insula Orchestra, créé en 2012, tous deux par Laurence Equilbey, sont réunis à la Halle aux Grains pour une représentation de cet emblème des oratorios sacrés du plus britannique des compositeurs allemands. Rappelons qu’il a été créé le 13 avril 1742 lors d’un gala de charité à Dublin, à l’approche de la fête de Pâques pour laquelle il a, en fait, été composé.

Bénéficiant d’un chœur d’une précision, d’une justesse et d’une cohésion exemplaires, Laurence Equilbey anime cette partition flamboyante d’une énergie réjouissante. Dès l’ouverture instrumentale, la cheffe insuffle à ses interprètes une ferveur constante grâce à un choix de phrasés dynamiques et rebondissants. Certes, quelques coupures dans la partition réduisent la durée de cette exécution, mais l’impact reste particulièrement intense. La qualité du jeu raffiné et cohérent avec le style baroque « historique » de chaque musicien confère à cette partition tout son charme et toute son efficacité. Les quatre chanteurs solistes qui se succèdent portent très haut la qualité des interventions vocales.

Le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian, la soprano Sandrine Piau, dirigés par Laurence Equilbey – Photo Classictoulouse –

La première partie de l’oratorio, consacrée aux Prophéties, à l’Annonciation et à la Nativité s’ouvre sur une intervention d’une extrême sensibilité du ténor. Le Britannique Stuart Jackson éclaire ce premier air « Ev’ry valley shall be exalted » d’une tendre lumière. La voix angélique et la finesse de son phrasé font merveille. L’intervention suivante du contre-ténor français Paul-Antoine Bénos-Djian, révèle une qualité vocale, un art de la déclamation, proprement exceptionnels. Doté d’un timbre riche et puissant, mais parfaitement contrôlé, cet interprète sensible adapte son chant au caractère de chacune de ses interventions. Voici un nom à retenir ! La Pastorale purement instrumentale au cœur de cette première partie distille une tendresse particulièrement touchante. Tendresse que l’on retrouve dans la subtilité et le style de Sandrine Piau dont on connaît les qualités de fraîcheur vocale et d’intelligence. Lorsque la soprano et le contre-ténor s’associent dans le duo « He shall feed His flock » le paradis est proche…

La basse Alex Rosen et le trompettiste solo Serge Tizac – Photo Classictoulouse –

Le drame de la deuxième partie de l’œuvre, consacrée à la Passion du Christ, surgit dès le premier chœur. Quant à l’air « He was despised, rejected… » (Il fut méprisé, rejeté…), il constitue ce soir-là LE grand moment du concert. Paul-Antoine Bénos-Djian en fait une lamentation bouleversante, grâce à ce timbre blessé, l’art intime de la vocalise qu’il déploie et ceci jusqu’au poids des silences. A cette écoute, les gorges se serrent et il est difficile de retenir ses larmes. Après les interventions chorales, le ténor Stuart Jackson prolonge encore l’émotion extrême du spectateur devant les souffrances du Christ. La basse australienne, Alex Rosen, après son air impressionnant de la première partie, poursuit le déploiement d’un timbre chaleureux et riche, la perfection de son art de la vocalise dans son air « Why do the nations ». Lorsque retentit le passage attendu par chaque spectateur/auditeur l’emblématique « Hallelujah », c’est une ferveur incandescente qui déferle de la scène à la salle !

L’ensemble des interprètes. De gauche à droite : le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian, la soprano Sandrine Piau, la cheffe Laurence Equilbey, la basse Alex Rosen et le ténor Stuart Jackson – Photo Classictoulouse –

La troisième partie, la plus courte de l’œuvre et celle qui a apparemment subi le plus de coupures, conclut cette fête comme une réflexion sur le rôle rédempteur du Messie. Une dernière intervention de la lumineuse soprano précède celle de la basse dans l’un des airs les plus martiaux de la partition, « The trumpet shall sound ». Comme il se doit, la trompette solo y joue un rôle fondamental. Rôle tenu avec panache par le soliste, Serge Tizac, au jeu d’une précision, d’un éclat, mais aussi d’un sens des nuances admirables. Le chœur « Worthy is the Lamb » et l’Amen final atteignent les cimes de l’ardeur musicale et expressive suscitée par Laurence Equilbey.

Une ovation explosive de tout le public finit par obtenir un bis… plutôt attendu : le retour de l’Hallelujah dont une partie du public chantonne les accents ! La magie opère…

Serge Chauzy

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