Concerts

La trajectoire Vivaldi

Chaque concert de l’Orchestre de Chambre de Toulouse explore un territoire donné, un thème original ou, comme lors de ce concert du 18 novembre dernier, suit une trajectoire vers une œuvre forte. Il s’agissait cette fois de rendre à Antonio Vivaldi un hommage sensible à travers l’une de ses partitions les plus chargées d’émotion, son Stabat Mater. La voix d’alto de la jeune Hélène Delalande était ainsi choisie pour porter ce cheminement.
Un siècle avant Vivaldi, le grand Claudio Monteverdi inventait l’opéra. C’est sur une évocation de son génial Orfeo, favola in musica, que s’ouvre la soirée. Gilles Colliard dirige un choix de pièces instrumentales extraites de l’ouvrage : Sinfonia, Danses, Ritournelles et Moresca, à commencer par cette effervescente Toccata qui marque toute la musique instrumentale occidentale dès 1607, date de sa création. L’habitude d’écoute de cette pièce génératrice fait appel aux trompettes naturelles, aux cornetti, aux sacqueboutes. Les cordes qui officient ce soir-là adoptent un phrasé nerveux, rebondissant, vigoureux qui ne dénature en rien l’éclat de cette ouverture. Les danses des bergers ou des esprits conservent, dans cette instrumentation astucieusement adaptée aux seules cordes, leur grâce et leurs rythmes subtils.

Samuel Crowther à la flûte

– Photo Classictoulouse –

Georg Philipp Telemann, prolifique compagnon de route de Johann Sebastian Bach, poursuit ce voyage avec l’une de ses nombreuses cantates. Mais auparavant, en guise d’introduction, l’indispensable claviériste de l’OCT, Samuel Crowther, claveciniste et organiste, mais aussi par ailleurs chef de chœur, joue, de Telemann, une Fantaisie en si mineur… pour flûte traversière seule, ce traverso baroque de bois aux sonorités angéliques. Le musicien distille ce triptyque aimable avec toute la douceur que permet l’instrument.

La cantate « Ach, Seele, hungre », du même Telemann marque l’entrée en scène d’Hélène Delande. Jouant de malchance, la cantatrice souffre d’une laryngite et les deux violonistes qui l’accompagnent, Gilles Colliard et Patrick Lapène, ont tous deux de douloureux problèmes de dos… Néanmoins, bravant ces aléas, la chanteuse et les musiciens parviennent à faire abstraction de telles contingences.

Composée pour deux « dessus », flûtes, hautbois ou violons, et basse continue, cette belle cantate sacrée alterne arias et récitatifs que la soliste déclame avec tendresse. Si la projection de la voix se trouve légèrement affectée par le problème passager, la conviction reste forte et le timbre plein de chaleur.

C’est au mystérieux Tomaso Albinoni que Gilles Colliard fait appel pour introduire le Stabat Mater du Prêtre Roux de Venise. Celui qui connut la célébrité grâce à un certain Adagio… qu’il n’a jamais composé, est l’auteur d’un grand nombre de concertos dont l’OCT joue deux numéros (4 et 7) extraits de l’opus 5. Cette musique du bonheur, habilement agencée, sans ces débordements expressifs propres à Vivaldi coule ici avec raffinement.

Hélène Delalande, soliste du Stabat Mater de Vivaldi, avec l’Orchestre de Chambre de Toulouse, dirigé par Gilles Colliard – Photo Classictoulouse –

Le but du voyage est enfin atteint avec ce Stabat Mater, l’un des plus célèbres avec celui, emblématique, du jeune Pergolesi. Comme le note Gilles Colliard, la musique des trois premiers versets est reprise dans les trois suivants. Cet apparent recyclage musical joue son rôle de mémoire dans cette œuvre touchante, probablement créée le 18 mars 1712 dans l’église Santa Maria della Pace de Brescia à l’occasion de la fête des Sept Douleurs de la Vierge Marie. Hélène Delande en exprime toute l’émotion contenue, malgré les contingences du moment, jusqu’à l’Amen final libérateur. Un extrait caractéristique est de nouveau joué et chanté pour répondre à l’accueil chaleureux du public.

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