Concerts

Généreuse ferveur

Peu d’artistes lyriques, d’artistes tout court, dispensent autant de générosité musicale que le bouillonnant Rolando Villazón. Invité de la saison Grands Interprètes en compagnie de l’Orchestre Symphonique National Tchèque, dirigé par Guerassim Voronkov, le 24 juin dernier, le ténor franco-mexicain a enthousiasmé le public de la Halle aux Grains qui lui a réservé une belle « standing ovation ».

L’Orchestre National Symphonique Tchèque, sous la direction de Guerassim Voronkov

– Photo Classictouloouse –

L’avant-dernier concert de la saison Grands Interprètes rend ainsi hommage à Giuseppe Verdi pour le bicentenaire de sa naissance. Le programme alterne extraits vocaux et orchestraux, brossant un tableau peu conventionnel de l’œuvre du grand compositeur. En outre, les extraits choisis évitent les grands « tubes » connus de tous, y compris des non mélomanes (pub oblige !), pour s’intéresser aux ouvrages rarement visités. Ouvertures, préludes, airs d’opéra et mélodies (dans des orchestrations originales signées Luciano Berio) composent cette soirée inédite. L’ouverture de Nabucco, avec son évocation du célèbre « Va pensiero… », le prélude de I masnadieri, les ouvertures de Luisa Miller et de I Vespri siciliani, le ballet de Macbeth et l’étonnant prélude d’Otello, adapté ici aux seuls instruments, brossent un tableau coloré du Verdi orchestral. Le Czech National Symphony Orchestra et son chef Guerassim Voronkov y déploient énergie et ardeur, doublées d’une précision impeccable, dignes d’éloges.

Rolando Villazón pendant son récital toulousain – Photo Classictoulouse –

L’arrivé sur scène du héros de la soirée se fait sur l’aria d’Oronte extrait de I’ouvrage de jeunesse I Lombardi alla prima crociata. Le courant passe immédiatement. La belle santé vocale du ténor s’accompagne d’un engagement dramatique total. Rolando Villazón vit chacune de ses interventions avec l’intensité et la fougue d’un acteur-chanteur. L’aisance de son chant, la richesse du timbre, l’absence d’effort, l’incarnation de chaque rôle qu’il aborde, enflamment un public conquis. Son incroyable contrôle du souffle le conduit enfin à tenir, au-delà des limites généralement pratiquées, des phrases interminables. Il peut ainsi rendre justice au large cantabile, au legato qui font les charmes de l’écriture verdienne. Son interprétation de « Quando le sere al placido » extrait de Luisa Miller réunit à cet égard toutes ces qualités, avec, en outre, une belle opposition entre le sens dramatique (agitato !) du récitatif et le déploiement lyrique de l’aria.

Rolando Villazón choisit de terminer son récital Verdi sur deux mélodies de relative jeunesse (1839 et 1843) qui semblent montrer la voie à deux autres compositeurs célèbres. Deh, piettoso, oh Addolorata révèle la mélodie que Saint-Saëns développera, trente ans plus tard, dans l’air « Mon cœur s’ouvre à ta voix », de Samson et Dalila. Quant à L’esule, on a du mal à imaginer que Wagner, le grand rival contemporain, ait pu y puiser le thème du prélude de son Lohengrin ! Et pourtant, l’analogie est frappante.

Rolando Villazón dans un air à boire ! – Photo Classictoulouse –

Le succès est tel que la soirée ne peut s’arrêter au seul programme proposé. Généreusement, Rolando Villazón revient sur scène avec trois mélodies supplémentaires et un dialogue qu’il entame avec le public. Il évoque notamment sa dernière apparition sur cette même estrade, il y a dix ans, pour un concert de Nouvel an qu’il n’a pas oublié car, dit-il « Ce fut le seul 31 décembre pendant lequel je n’ai pas bu ! » Pour compenser, il chante la dernière mélodie, une chanson à boire évidemment, une choppe de bière à la main. Choppe qu’il vide intégralement à la fin de son interprétation ! Le showman le dispute au grand chanteur…

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