Concerts

Eblouissante Iolanta

La découverte était au rendez-vous. Le dernier des opéras de Tchaïkovski, Iolanta, constituait, le 11 mai, le programme du dernier concert de la saison toulousaine de l’Orchestre du Capitole magnifiquement dirigé par Tugan Sokhiev.

Cet ouvrage, trop rare à la scène, illustre le sujet de la pièce du danois Henrick Hertz « La fille du Roi René ». Ignorant sa propre cécité, la princesse Iolanta, surprotégée par son père, le roi René de Provence, finit par retrouver la vue grâce à la découverte de l’amour. Composée d’un seul tenant, la musique de Tchaïkovski n’est pas sans évoquer les passages les plus intimistes de « Eugène Onéguine ». De l’ouverture, confiée à la seule petite harmonie (associée aux cors) à l’apothéose finale d’un lyrisme triomphant, l’œuvre avance comme un douloureux cheminement de l’obscurité vers la lumière. L’émotion est en permanence présente. Elle l’est dans les scènes d’exposition, essentiellement écrites sous la forme de récitatifs, tout autant que dans les arias, duos et ensembles exaltés qui concluent l’ouvrage.

Un opéra en version de concert, cela ne fonctionne pas toujours parfaitement. Ici, une subtile mise en espace des chanteurs à l’avant du podium, mise en espace réglée par Anatoly Galaov, l’utilisation du surtitrage, une modulation judicieuse de la lumière, contribuent à plonger le spectateur dans l’atmosphère très particulière de ce drame optimiste.

Un généreux esprit de troupe règne sur toute la distribution vocale ; une distribution passionnante issue du théâtre Mariinski que supervisait à Toulouse la grande Larissa Gergieva, directrice artistique de l’Académie des Jeunes Chanteurs de ce prestigieux théâtre.

Du trio des suivantes de Iolanta (remarquables Anna Markarova, Elena Gorshunova et Varvara Solovyeva, voix slaves d’une belle saveur) jusqu’aux serviteurs du roi, le ténor Sergey Semishkur et la basse Eduard Tsanga, chacun caractérise un personnage. Le roi René de la jeune basse Ilya Bannik, le médecin Maure du baryton Valery Alexeev impressionnent également. Quant à Garry Magee, très lyrique Robert de Bourgogne, il domine avec panache son très bel air tout feu tout flamme. Akhmed Agadi, ténor à la voix claironnante d’une étonnante puissance, chante un Comte Vaudémont submergé par son amour pour Iolanta.

Larissa Gergieva, chef de chant

La soprano Victoria Yastrebova, touchante Iolanta (photo P. Nin)

Iolanta enfin, incarnée avec une touchante sensibilité par la très belle soprano Victoria Yastrebova, suscite une constante émotion.

Les interventions du chœur du Capitole, brèves mais décisives, projettent un son d’une incroyable densité. Un grand bravo à son directeur Patrick Marie Aubert.

L’acteur principal n’en est pas moins l’orchestre. Un orchestre flamboyant, jusqu’à l’incandescence finale, sorte d’hymne à la joie de la lumière retrouvée. Tugan Sokhiev réalise là l’une de ses plus belles performances. Galvanisés par sa direction à la fois précise et chaleureuse, attentive aux chanteurs comme à chaque pupitre, les musiciens se surpassent avec une générosité admirable.
Voici une fin de saison qui augure d’un avenir grandement prometteur pour la phalange toulousaine !

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