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Dialogue au sommet

Mihály Berecz et Elisabeth Leonskaja à l"ouverture du concert - Photo Classictoulouse

Le 30 septembre dernier, le concert de clôture du 46ème festival Piano aux Jacobins a réuni deux pianistes de générations différentes. La grande Elisabeth Leonskaja, véritable icône internationale et en particulier de Piano aux Jacobins, a invité à ses côté le jeune pianiste hongrois Mihály Berecz, né à Budapest en 1997. Ce duo fascinant a animé un programme musical original et intense devant un public conquis dès les premières interventions des deux artistes.

Il n’est plus besoin de présenter Elisabeth Leonskaja, pianiste russe et autrichienne d’origine russe, considérée depuis longtemps comme l’une des pianistes les plus célébrées de notre époque. Toutes ses apparitions suscitent l’enthousiasme comme ce fut le cas à Toulouse lors de ce concert. A cette occasion, Elisabeth Leonskaja a souhaité inviter le jeune Mihály Berecz à partager cet ultime concert du festival. Cette association a manifestement fonctionné à la perfection tout au long de la soirée.

Les deux pianistes à quatre mains – Photo Classictoulouse

Pour ouvrir cette rencontre en forme de dialogue, les deux pianistes partagent le clavier pour jouer une sélection des Danses hongroises pour piano à quatre mains de Johannes Brahms. Les danses n° 2, 4, 6, 7,8, 11 et 17 se succèdent alors dans une atmosphère de ferveur et de joie mêlée de nostalgie. Les deux complices ne se privent pas de traits d’esprit ici ou là lorsque le texte musical le suggère. Les deux touchers se marient à la perfection dans une sorte d’évocation des richesses orchestrales.

Le reste de cette première partie de soirée est brillamment assumé par Mihály Berecz qui brosse un tableau coloré de quelques musiques de son pays, la Hongrie. Béla Bartók et Franz (ou Ferenc !) Liszt en sont les dignes représentants. Le jeune pianiste s’investit avec intensité et précision dans cette virtuose Suite de cinq pièces pour piano de Béla Bartók intitulée « En plein air », composée en 1926. Il en exploite avec talent les couleurs étranges et le mystère de l’écriture. Dans les Deux études de concert de Franz Liszt qui suivent, on admire particulièrement la fluidité du jeu et son côté pétillant. L’interprète domine parfaitement les Trois burlesques de Béla Bartók, pièces diaboliques et explosives. La séquence « hongroise » s’achève sur l’éblouissante Rhapsodie hongroise n° 12 de Franz Liszt.

Mihály Berecz, au salut – Photo Classictoulouse

Toute la seconde partie du concert est consacrée à l’ultime Sonate en si bémol majeur D. 960 de Franz Schubert. C’est Elisabeth Leonskaja qui s’investit dans l’incroyable accomplissement de cette partition d’une envergure et d’une profondeur uniques. Elle aborde le Moderato initial avec une exceptionnelle éloquence liée aux géniales modulations de l’écriture. Les menaces, les silences ponctuent ce récit dans lequel parfois le piano se fait orgue. A la longue plainte de l’Andante sostenuto, d’une émouvante beauté, la pianiste confère la couleur d’une profonde méditation. Les deux derniers mouvements tentent de nous ramener sur terre. Néanmoins, l’Allegro vivace con delicatezza se pare un temps d’une sombre inquiétude. Quant à l’Allegro ma non troppo final il subit quelques violents accords auxquels l’interprète donne tout son poids.

Elisabeth Leonskaja au salut – Photo Classictoulouse

Le triomphe que recueille cette interprétation aboutit à une ovation debout à laquelle Elisabeth Leonskaja répond par un premier bis : le Klavierstück en mi bémol majeur, toujours de Franz Schubert. Elle revient ensuite sur scène accompagnée de son « invité » Mihály Berecz. Les quatre mains se replongent dans le recueil des Danses hongroises de Johannes Brahms dont ils jouent la Danse en sol mineur.

On ne pouvait rêver meilleure conclusion pour ce 46ème festival Piano aux Jacobins !

Serge Chauzy

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