Concerts

Couleurs catalanes

L’invité de l’Orchestre national du Capitole est cette année encorel’l’Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya. La phalange voisine vient à Toulouse donner deux concerts, les 10 et 11 mai, le premier dans le cadre de la saison d’abonnement, le second pour l’Association AIDA qui soutient les activités de l’Orchestre national du Capitole. Sous la direction du chef espagnol Pablo González, la formation catalane invite le grand violoniste russe Boris Belkin dans un programme qui fait précisément la part belle à la musique russe.
Fondée en 1944 par Eduardo Toldrà, l’Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya se consacre aussi bien au répertoire symphonique historique qu’à celui des créations mondiales, aidé en cela par l’intérêt que porte son directeur musical actuel, Pablo González, à la création contemporaine.

C’est ainsi que le concert du 10 mai s’ouvre sur une partition récente du jeune compositeur catalan Blai Soler, né en 1977 et formé aussi bien au Conservatoire de Barcelone qu’au Royal College of Music de Londres. Plain-chant est le titre chargé de référence de sa courte pièce, résultat d’une commande du London Philharmonic Orchestra. Présenté comme une sorte de mosaïque ou de puzzle par son auteur, Plain-chant trouve précisément son unité dans sa diversité. Alternant de puissants clusters orchestraux et d’ineffables plages incantatoires et extatiques, la partition de Blai Soler utilise la micro tonalité et déploie une richesse rythmique étonnante, ponctuée d’épisodes oniriques générés par nappes sonores. Une belle découverte !

L’Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya, dirigé par Pablo González

– Photo Classictoulouse –

Boris Belkin intervient dans deux œuvres pour violon et orchestre, deux partitions bien différentes, mais néanmoins liées par leur originalité. Avec son concerto n° 1 pour violon et orchestre en ré majeur, le jeune Sergueï Prokofiev justifie son surnom d’enfant terrible de la musique russe. A l’opposé du concerto classique, cette partition entoure un mouvement rapide (indiqué clairement Vivacissimo) de deux mouvements lents. Le soliste, nettement mis en avant par un accompagnement orchestral attentif et légèrement en retrait, impose son jeu âpre et vigoureux. Avec raison, il ne recherche pas la moindre joliesse de son ample sonorité. Soulignant le relief de l’écriture, Boris Belkin manifeste une large dynamique sonore et convoque successivement douleur et nostalgie. C’est en effet une intense nostalgie qui ouvre et clôt le concerto.

Bien différent est le propos de Tzigane, de Ravel. Le soliste se lance dans l’immense cadence initiale avec une sauvagerie réjouissante et une grande intensité. L’orchestre lui emboîte le pas sur la pointe des pieds. Jusqu’à l’assaut final en forme de coup de fouet.

Le violoniste russe Boris Belkin, soliste du concerto n° 1 de Prokofiev , avec l ’Orquestra Simfònica de Barcelona i Nacional de Catalunya, dirigé par Pablo González

– Photo Classictoulouse –

Chostakovitch complète ce programme avec sa symphonie n° 1 en fa mineur composée en 1926, par ce jeune élève de 19 ans du Conservatoire de Leningrad. A l’image de la pièce de Blai Soler, la partition de Chostakovitch se présente comme un puzzle fait de ruptures de ton. C’est sur une petite ritournelle impertinente de la trompette que s’ouvre l’œuvre. Les deux premiers mouvements, tous deux notés Allegro, posent d’étranges questions. L’ironie agit comme un catalyseur. Le Lento introduit enfin un changement radical de caractère. La douloureuse complainte du hautbois annonce une tragédie profonde. Dans le Finale, Pablo González enchaîne avec conviction les épisodes lyriques et violents. La coda cataclysmique semble évoquer la fin d’un monde.

Il faut saluer la qualité des solistes de la phalange catalane, notamment la hautboïste et la trompettiste, le violoncelliste et le violoniste solos.

Les acclamations du public obtiennent le retour de Pablo González qui annonce et dirige une pièce colorée d’Eduardo Toldrà, le fondateur de l’orchestre. Le retour de la musique ibérique !

Partager

Martha Argerich et Renaud Capuçon, les invités de marque de l’Orchestre national du Capitole
Le 10 avril prochain, la saison de l’Orchestre national du Capitole se poursuit avec deux artistes prestigieux : la grande pianiste Martha Argerich et le célèbre violoniste Renaud Capuçon.
Une saison lyrique nommée Désirs
Une saison capitoline intensément sensuelle
L’Ensemble Amarillis et les reines incarnées par Patricia Petibon
Ce 1er avril, l’Ensemble instrumental Amarillis, dirigé par Héloïse Gaillard, entourait Patricia Petibon dans son incarnation musicale de trois reines aux destinées hors normes.
Dans la tête du running back
La construction du récit est superbe et sa lecture en est totalement fascinante.
Dvořák et Dohnányi au programme des Clefs de Saint-Pierre
Le 31 mars dernier, les Clefs de Saint-Pierre avaient choisi d’explorer le riche répertoire des musiques d’Europe Centrale.
Maxim Emelyanychev retrouve l’Orchestre national du Capitole
Le 4 avril prochain, Maxim Emelyanychev revient à Toulouse dans un double rôle de chef d’orchestre et de pianiste.