Concerts

Cordes sensibles

Six musiciens pour deux quintettes : le 14 février dernier, les jeunes acteurs du troisième concert de la saison des Clefs de Saint-Pierre offraient à leur public fidèle un programme étonnant. Deux partitions rares de compositeurs célébrissimes, Beethoven et Bruckner, occupaient la soirée placée sous le signe des instruments à cordes.

Aude Puccetti, David Benetah et Olivier Amiel, violons, Cyrile Robert et Vincent Cazanave-Pin, alto, Gaël Seydoux, violoncelle se partageaient les exécutions des deux quintettes pour deux violons, deux altos et violoncelle, si rarement joués en concert et également très peu enregistrés. La complicité des interprètes, les regards échangés, la joie qui est la leur de communiquer ainsi entre eux leur ferveur musicale font plaisir à voir et à entendre. La complémentarité, la cohésion de leurs interventions, leur volonté évidente de contribuer à une exécution collective, et non à un échange entre solistes, confèrent toute leur unité aux partitions qu’ils abordent.

De gauche à droite : Aude Puccetti, Olivier Amiel, violons, Vincent Cazanave-Pin, Cyrile Robert, altos, Gaël Seydoux, violoncelle, réunis pour l’exécution du quintette à cordes de Beethoven (Photo Classictoulouse)

L’opus 29 en ut majeur de Ludwig van Beethoven occupe une place un peu particulière dans la production musicale du grand révolutionnaire du monde du quatuor à cordes. Si l’on exclut l’arrangement de son trio pour piano et cordes opus 1 pour cette formation que le compositeur réalisa en 1817, ce quintette représente sa seule partition pour ces instruments. Composé à l’aube du 19ème siècle, peu après sa première symphonie, ce quintette est traditionnellement rattaché à la « deuxième manière » du musicien. Pour son exécution, Aude Puccetti occupe le pupitre stratégique de premier violon, Olivier Amiel jouant la partie de second violon. Vincent Cazanave-Pin est le premier alto, Cyrile Robert le second, alors que Gaël Seydoux reste l’unique violoncelliste de la soirée.

L’Allegro moderato, qui sort de l’ombre comme lors d’une levée de rideau, déroule ses échanges dans une atmosphère détendue de discussion chaleureuse. La tendresse qu’évoque le très bel Adagio molto espressivo n’est qu’un instant perturbée par une plongée d’angoisse, pour se dissoudre dans une étrange conclusion comme suspendue. Après une Scherzo coloré, le mouvement final s’ouvre sur un redoutable trait virtuose au premier violon qu’Aude Puccetti assume avec panache. Pleine d’esprit, de finesse, l’interprétation met en valeur chaque pupitre, sa couleur, son lyrisme.

De gauche à droite : David Benetah, Aude Puccetti, violons, Cyrile Robert, Vincent Cazanave-Pin, altos, Gaël Seydoux, violoncelle, lors de l’exécution du quintette à cordes de Bruckner (Photo Classictoulouse)

Tout aussi rare, le quintette en fa majeur d’Anton Bruckner représente la seule incursion du « ménestrel de Dieu » dans le domaine de la musique de chambre. Ses vastes proportions évoquent irrésistiblement les somptueuses cathédrales sonores que sont ses neuf symphonies. Pour cette interprétation, David Benetah devient premier violon, alors qu’Aude Puccetti assure la partie de second, et que Cyrile Robert et Vincent Cazanave-Pin permutent leur place d’alto. Dès le Moderato initial, ces grands unissons solennels, ces crescendos inassouvis qui débouchent sur d’impressionnants silences, construisent peu à peu l’édifice mystique. Le Scherzo, si typique avec ses pizzicati imperceptibles, conduit à l’ineffable méditation de l’Adagio, prière extatique illustrée par un splendide solo d’alto. Le Finale, comme une clé de voûte, joue néanmoins sur les ruptures expressives, jusqu’à l’impressionnant crescendo final, apothéose de lumière.

Après un tel voyage, le retour sur terre est offert au public sous la forme d’un bis particulièrement réjouissant : une transcription pour sextuor à cordes des motifs les plus typiquement viennois de l’opérette « La Veuve Joyeuse » de Franz Lehár. C’est à Olivier Amiel, revenu jouer parmi ses collègues, que l’on doit cet habile arrangement sur lequel on se surprend à fredonner…

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