Concerts

Cordes et vents en dialogue

L’hommage à Mozart de l’Orchestre de Chambre de Toulouse passait en effet par le dialogue. Le 6 juin dernier, l’auditorium Saint-Pierre des Cuisines recevait, à l’invitation de Gilles Colliard, les solistes de quelques unes des partitions concertantes de l’enfant-génie de Salzbourg. La flûtiste Sandrine Tilly, le corniste Jacques Deleplancque, tous deux solistes de leur pupitre respectif de l’Orchestre national du Capitole, et Marie Chilemme, jeune altiste déjà réputée, venaient illustrer une des plus attachantes facettes de Mozart, le style concertant.

Sandrine Tilly, soliste du 2ème concerto pour flûte et orchestre de Mozart

(Photo Classictoulouse)

Complétées par les deux hautbois et les deux cors indispensables à l’exécution des concertos inscrits au programme, les cordes de l’orchestre entourent ces trois invités auxquels se joint finalement le violon de Gilles Colliard.

C’est avec la flûte que s’ouvre les discussions. A Sandrine Tilly de démontrer que l’imagination de Mozart dépasse sa défiance vis-à-vis d’un instrument qui, paraît-il, n’attirait pas toujours son admiration. Force est de constater que le concerto n° 2 en ré majeur KV 314, adaptation pour la flûte de son concerto pour hautbois, possède un charme incomparable. Après un Allegro initial volubile et léger, l’Adagio ma non troppo évoque la tendresse d’un rêve champêtre. Quant au Rondo final, dont le thème rappelle irrésistiblement l’air mutin de Blondchen de l’Enlèvement au Sérail, il associe finesse d’esprit et complicité musicale étroite entre l’orchestre et l’instrument soliste. Combinant vigueur et sensibilité, la direction de Gilles Colliard soutient habilement la richesse des parties secondaires. Sandrine Tilly ne se contente pas de développer une belle dynamique des nuances, elle anime, varie son jeu tout au long de l’œuvre. Les trois cadences qu’elle invente pour cette partition sont impressionnantes de musicalité, de grâce et d’intensité.

Jacques Deleplancque, soliste du concerto pour cor et orchestre n° 2 de Mozart

(Photo Classictoulouse)

Dans le concerto pour cor et orchestre n° 2 en mi bémol majeur KV 417, le soliste Jacques Deleplancque se retrouve en terrain connu. L’enregistrement qu’il en a réalisé avec les mêmes musiciens lui confère une belle légitimité. L’agilité, la virtuosité musicale avec laquelle il délivre l’Allegro maestoso, fait chaud au cœur. Dans l’Andante central, la tenue du souffle, l’élégance du phrasé, la richesse de la sonorité font merveille. Enfin comment ne pas sourire aux effets comiques des échanges entre le soliste et les cordes du Rondo final, si parfaitement réalisés ?

Avant la pièce finale, Gilles Colliard offre au public, en guise de bonbon de l’entracte, la symphonie n° 5 en si bémol majeur de l’enfant de neuf ans. Témoignage troublant d’une maturité inconcevable ailleurs que chez Mozart !

Gilles Colliard, violon, et Marie Chilemme , alto, solistes de la Symphonie Concertante

de Mozart (Photo Classictoulouse)

La Symphonie Concertante pour violon, alto et orchestre représente le raffinement suprême, la beauté absolue en la matière. Au violon de Gilles Colliard vient se joindre l’alto de Marie Chilemme, musicienne accomplie du haut de ses vingt-trois ans. Elle avait déjà ravi le public dans cette œuvre magique lors du concert inaugural de l’Orchestre Mozart Toulouse Midi-Pyrénées. On retrouve cette large et riche sonorité qui se mêle harmonieusement à celle, aérienne et ardente, du violon de Gilles Colliard. Le duo violon alto fonctionne ici à la manière d’un duo d’opéra. Dès l’Allegro maestoso, les deux voix entrent en scène de la plus fascinante manière. Leur discours individuel, leurs échanges possèdent leurs propres codes que les deux solistes manient avec conviction et naturel. L’Andante abrite probablement les sommets de ce duo sensible, touchant, dans lequel s’exprime la sensibilité la plus raffinée. Un vrai bonheur que vient compléter la joie débridée du Presto final. Le sourire de Marie Chilemme se retrouve dans son jeu.

Le mouvement de la 1ère symphonie du Mozart de huit ans, que Gilles Colliard offre en bis, vient encore troubler l’esprit. Comment un enfant de cet âge a-t-il pu concevoir une telle écriture, des dissonances aussi harmonieusement résolues, une telle intensité expressive ? Le mystère subsiste…

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