Concerts

Bach en famille

L’Orchestre de Chambre de Toulouse et son directeur Gilles Colliard ont choisi de consacrer leur concert d’abonnement du mois de février à l’une des dynasties musicales les plus prospères, celle de la famille Bach qui s’étend sur deux siècles. Le grand homme de la lignée, Johann Sebastian, et le plus célèbre de ses fils, Carl Philipp Emanuel sont inscrits au programme.
Bravant le froid, le gel et les frimas, les instruments baroques de l’Orchestre sont à l’œuvre lors de cette soirée sibérienne du 9 février. Les cordes en boyau, si sensibles aux changements de température et d’humidité, souffrent des conditions météorologiques et imposent de pratiquer de fréquents accords. Qu’à cela ne tienne. Le résultat en vaut la peine !

Anne Gaurier, soliste du concerto pour violoncelle et cordes en si bémol de Carl Philipp Emanuel Bach, dirigé par Gilles Colliard (Photo Classictoulouse)

Carl Philipp Emanuel Bach ouvre le concert avec son concerto pour violoncelle en si bémol majeur. Ce fils, un peu mal aimé de son génie de père, développe une pratique musicale intermédiaire entre le baroque pur et dur et la période classique. Si le style galant, tel que l’anoblira un certain Wolfgang Amadeus, s’y manifeste déjà, son écriture présente des singularités qui expliquent peut-être les réticences paternelles. Ainsi, le deuxième mouvement de ce concerto, le plus remarquable des trois, ponctue les belles phrases lyriques et pensives du violoncelle d’insolentes petites ritournelles des violons qui semblent se moquer de la nostalgie ambiante. C’est à Anne Gaurier qu’échoit le rôle principal de soliste. Elle y déploie sa belle sonorité, la virtuosité de ses traits et la variété des phrasés, notamment dans la cadence méditative qui précède le final guilleret.

Dans la Sinfonia en mi majeur qui suit, le style fantasque, étrange, plein d’une liberté sans limite, caractérise la succession des trois mouvements classiques.

L’effectif orchestral réuni pour la Suite n° 1 de Johann Sebastian Bach

(Photo Classictoulouse)

Le retour au père, à sa grandeur et son énergie, s’effectue par le concerto pour violon et cordes BWV 1042, également en mi majeur, d’un Johann Sebastian dédié à la musique instrumentale. Gilles Colliard joue le rôle du Konzertmeister. Les phrasés acérés, vifs, pleins d’une énergie intérieure animent l’Allegro initial. L’Adagio développe sa poésie aérienne dans une grâce légère pour mener à la vigueur lumineuse du final.

La première Suite en do majeur pour cordes, deux hautbois et basson représente une sorte d’apothéose de l’art polyphonique du cantor. Les cordes de l’orchestre sont rejointes par Hélène Mourot et Elisabeth Passot, hautbois, Laurent Le Chenadec, basson, et leurs instruments baroques aux splendides rondeurs sonores. L’ouverture « à la française » revêt cet aspect à la fois solennel et jubilatoire qui n’appartient qu’à Bach le grand. Gilles Colliard choisit des phrasés énergiques qui animent le caractère chorégraphique de cette belle suite. Courante, gavottes, forlane, menuets, bourrées et passepieds se succèdent dans le bonheur d’une vitalité toujours renouvelée. Les hautbois, virtuoses et ardents, sans cesse en première ligne, le basson volubile et subtil, se taillent avec raison un beau succès. Bach est éternel…

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La construction du récit est superbe et sa lecture en est totalement fascinante.
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