Concerts

Bach dans tous ses états

Elle est enfin venue ! Le 19 janvier dernier, Hélène Grimaud était, cette fois, bien présente à la Halle-aux-Grains de Toulouse, invitée de la saison des Grands Interprètes. La belle pianiste aixoise présentait un programme musical très intelligemment bâti autour de Johann Sebastian Bach.

La pianiste Hélène Grimaud (photo Jean-Marie Périer)

Conçu comme une confrontation entre les musiques originales du père de la musique occidentale et celles qu’il a fécondées chez ses successeurs, ce programme s’écoute comme on observe une image dans un miroir. Le Clavier bien tempéré, ce grand œuvre du cantor, irrigue de sa sève toute la soirée. La première partie du récital gravit l’échelle des tonalités de ces « Préludes et fugues » aussi féconds qu’imaginatifs. De l’ut mineur bouillonnant qui ouvre la série jusqu’au la mineur olympien, ce premier volet gravite autour de la monumentale transcription par Busoni de la fameuse Chaconne en ré mineur. Une véritable cataracte qu’Hélène Grimaud investit de son énergie sans limite. La transcription par Liszt du Prélude et fugue BWV 543, qui suit l’exécution du BWV 889 dans la même tonalité de la mineur, résonne comme la plus proche de l’original. Comme si le virtuose romantique cherchait à s’effacer devant son inspirateur.

Hélène Grimaud se lance dans l’entreprise avec une énergie débordante, enchaînant directement musiques originales et transcription, comme pour mieux opposer les démarches. Un seul regret, la propension de la pianiste à décaler presque systématiquement les deux mains dans les accords plaqués…

Dans la bouleversante sonate op. 109 de Beethoven qui ouvre la seconde partie, la pianiste nous livre une touchante confidence dont le volet final à variations témoigne d’une grande inspiration. L’émotion est palpable au travers d’une forme, et notamment d’un contrepoint, que Beethoven emprunte à son vénéré prédécesseur.

Un prédécesseur auprès duquel revient Hélène Grimaud pour conclure son récital. Le Prélude et fugue original, en mi majeur, méditation intemporelle et chaleureuse, s’enchaîne sur une transcription signée Rachmaninov du prélude de la Partita pour violon seul dans la même tonalité. L’interprète, grande spécialiste du compositeur russe, y souligne avec art la signature du virtuose dans la matière musicale de son inspirateur. Les deux bis que la belle Hélène accorde généreusement au public enthousiaste sont d’ailleurs deux études tableaux du même Rachmaninov, décidemment toujours très proche de son cœur.
Pianiste attachante, élégante et sincère, Hélène Grimaud s’investit tout au long de la soirée dans cette littérature musicale qu’elle considère et qu’elle pratique comme une référence fondamentale de l’art occidental.
Serge Chauzy

Le programme de son concert toulousain fait l’objet du dernier enregistrement d’Hélène Grimaud chez DGG. L’auditeur retrouve ici l’énergie déployée en concert par la jeune pianiste dans la même suite de pièces signées J. S. Bach et également dans les transcriptions que Busoni, Liszt et Rachmaninov ont réalisées de quelques partitions écrites par Bach pour violon seul ou orgue. La sonate de Beethoven jouée en concert est remplacée ici par le concerto pour clavier et orchestre n° 1 BWV 1004 de Bach.

Hélène Grimaud y dirige elle-même du clavier l’ensemble à cordes de la « Deutsche Kammerphilharmonie Bremen », un très bel orchestre de chambre qui joue bien plus qu’un simple rôle d’accompagnement. Les échanges fructueux entre la soliste et l’orchestre magnifient leur interprétation.

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