Concerts

Bach « comme Dieu en France »

L’expression est allemande (« Wie Gott im Frankreich ») et traduit le bien-être absolu. C’est bien ce que les spectateurs du concert des Arts Renaissants du 5 décembre dernier ont ressenti.

Pierre Hantaï et Amandine Beyer, premier violon du Concert Français

Bach le grand était au programme avec trois de ses Suites pour orchestre et le plus périlleux de ses Concertos Brandebourgeois, le deuxième. Le Concert Français avait réuni sa vingtaine de musiciens dans la charmante église Saint-Jérôme, sous la houlette de Pierre Hantaï qui avait pour l’occasion délaissé son clavecin pour la direction.

Un ensemble français (avec néanmoins participation internationale) pour interpréter l’allemand Johann Sebastian se justifie d’autant plus que ses suites pour orchestre (nommées « Ouverture » en allemand !) sont bâties sur des danses très hexagonales : gavotte, bourrée, sarabande, rondeau, menuet…

Dès les premières mesures de la suite n° 1 en ut majeur, le ton est donné. L’extrême raffinement du jeu, la beauté des nuances s’accompagnent d’une vigueur, d’une animation peu courantes. Un phrasé rebondissant, d’une incroyable richesse, la dynamique de contrastes parfaitement dosés exaltent l’essence même de la danse, au cœur de ces partitions. L’énergie de la Bourrée à laquelle s’oppose le calme trio des deux hautbois et du basson réchauffe le coeur.

Dans la fameuse suite n° 2 avec flûte traversière solo, l’élégance du jeu du soliste, Marc Hantaï, se coule habilement dans les larges respirations qui animent la direction. La Sarabande s’écoute comme une aimable berceuse, alors que la Polonaise déploie une vitalité bien terrienne. La fluidité du jeu de Marc Hantaï fait merveille dans la subtile Badinerie.

Dans la non moins célèbre et rutilante suite n° 3 en ré majeur, avec timbales et trompettes, l’ensemble instrumental brille de tous ses feux. Au grand et solennel portique de l’Ouverture succède un Aria à tirer les larmes. Le temps suspendu pour quelques minutes d’éternité. Jusqu’à l’éblouissante apothéose finale.

Enfin rendons hommage au courage et à la science musicale de Guy Ferber, l’admirable soliste du 2ème Concerto Brandebourgeois, qui joue, pour l’éprouvant registre aigu du clarino, une trompette naturelle enroulée comme un cor. Rondeur de la sonorité, virtuosité éblouissante, impressionnante tenue du son jusqu’aux limites de la tessiture extravagante exigée par Bach. Les autres solistes, flûte, hautbois, violon, sont également à féliciter chaleureusement, eux qui animent la nostalgie de l’andante.

Un grand bravo à ce très bel ensemble, à l’excellente Amandine Beyer, premier violon, et à son chef Pierre Hantaï qui dirige Bach avec autant de ferveur qu’il le joue du clavecin, ce qui n’est pas peu dire.

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