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Orchestre du Capitole La révolution Beethoven

Au cours du concert du 10 octobre dernier, Tugan Sokhiev dévoilait une face nouvelle de son talent. Confronté à l’un des génies les plus originaux de la création musicale, Ludwig van Beethoven lui-même, il lui fallait faire ses preuves, franchir une étape importante.

A la tête d’un orchestre éblouissant, réactif et dynamique, Tugan Sokhiev a ainsi exposé une vision très personnelle de cette littérature si souvent visitée, une vision particulièrement originale, d’une extrême vivacité, manifestation d’un grand contrôle des effets obtenus.

Aussi bien dans l’accompagnement (le vocable apparaît ici bien dérisoire concernant le soin avec lequel il est mené) du 5ème concerto pour piano et orchestre que dans la 3ème symphonie, l’approche est renouvelée. Prenant ses distances par rapport à la grande tradition postromantique d’interprétation beethovénienne (héritée d’un Furtwängler ou d’un Karajan), le jeune chef semble faire sien l’héritage d’un Toscanini ou plus près de nous d’un Harnoncourt. D’une manière générale, la recherche d’une articulation claire, un sens aigu de l’accentuation, la modération du vibrato et du rubato, tout concourt à distinguer Beethoven de ses successeurs, à lui conférer son identité révolutionnaire.

Ainsi, dans le concerto « L’Empereur », la partie orchestrale fourmille de détails raffinés, même si la dynamique atteint, par endroits, des paroxysmes inespérés. Les tempi, soutenus, mais dans l’ampleur du phrasé, font avancer le propos sans le moindre temps mort. Le jeune pianiste russe Alexei Volodin mêle son jeu acéré, précis, enthousiaste au tutti orchestral. Affûtant lui aussi les contrastes dynamiques, il excelle dans l’exubérance comme dans la retenue. Un grand moment d’émotion, suspend le temps et la respiration de l’auditeur lors de la transition miraculeuse entre l’adagio et l’allegro final.

Dans la 3ème symphonie, Tugan Sokhiev prend le titre de l’œuvre au sérieux. « Héroïque », le ton de son interprétation l’est à l’évidence. Une interprétation qui ne constitue pas une « Héroïque » de plus. Un allegro initial fulgurant, une marche funèbre sans pathos, digne et puissante, un scherzo turbulent et enfin un allegro molto plein d’effervescence s’imposent d’eux-mêmes. L’économie de rubato que réalise le chef confère un poids particulier aux quelques rares ralentis qu’il se permet de susciter. Une fois de plus chaque pupitre de l’orchestre s’implique avec ardeur dans la tâche commune. Le bonheur est au rendez-vous.

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