Concerts

D’un siècle à l’autre

Le 9 septembre dernier, une création mondiale ouvrait la saison symphonique de l’Orchestre national du Capitole. Une initiative bienvenue qui témoigne de la permanence de la composition « classique » et de son évolution. Tugan Sokhiev avait choisi de confier cette grande première à la compositrice russe Elena Firsova.

La compositrice russe Elena Firsova auprès de Tugan Sokhiev, à l’issue de la création de son oeuvre – © Classictoulouse

A la tête d’un catalogue de plus de cent partitions très diverses, Elena Firsova construit l’essentiel de son œuvre autour de thèmes poétiques ou littéraires. Elle puise son inspiration dans un large patrimoine qui s’étend de Shakespeare à Akhmatova. La pièce créée à Toulouse, intitulée « Beyond the seven seals » (Au-delà des sept sceaux), s’appuie sur un quatrain du poète persan du 11ème siècle, Omar Khayyam, qui évoque les questions fondamentales de l’existence :

D’où sommes-nous venus ?

Où allons-nous ?

Quel est le sens de nos vies ?

Nous ne pouvons le saisir…
Cette impressionnante illustration musicale utilise un très grand orchestre, dont tous les pupitres ont un rôle à jouer. Elle s’ouvre sur un frémissement inquiétant, comme dans l’attente d’un cataclysme qui effectivement se manifeste périodiquement au cours de l’œuvre. Les séquences explosives répondent ainsi aux attentes angoissantes qui parcourent tous les groupes instrumentaux. Le traitement des timbres se révèle particulièrement raffiné, comme pour une partition de musique de chambre. Un étrange cluster de flûtes, une touchante déploration confiée au hautbois solo ponctuent cette pièce puissante qui s’achève sur une succession de sept accords tutti, symboles de ces fameux sceaux bibliques sur lesquels elle s’édifie. Un grand succès public salue cette création et la compositrice présente qui ne manque pas de remercier chaleureusement les musiciens de l’orchestre et Tugan Sokhiev, artisans valeureux de cette belle naissance.

Le pianiste Jean-Frédéric Neuburger lors de l’exécution du 2ème concerto de Bela Bartók

© Classictoulouse

Le Bartók le plus révolutionnaire complète la première partie du concert, le Bartok du deuxième concerto pour piano et orchestre, créé en 1933 par le compositeur lui-même au piano. Une éblouissante effervescence anime l’œuvre de bout en bout. Les plages de relatif repos ne durent jamais très longtemps et une implacable virtuosité est requise de la part du soliste comme de celle du chef et de tout l’orchestre. Le jeune pianiste français Jean-Frédéric Neuburger se jette dans la bataille avec une énergie, une acuité, mais aussi une lucidité impressionnantes. Il n’élude aucune des violences que véhicule l’œuvre. Son jeu, d’une éblouissante clarté, s’intègre à merveille dans un tissu orchestral d’une richesse et d’une complexité prodigieuses. Le lien visuel constant qu’il maintient avec chaque pupitre en dit long sur la complicité musicale qu’il établit avec l’orchestre et son chef. L’angoisse que distille l’Adagio constitue l’un des moments forts de son interprétation, saluée comme il se doit par une ovation particulièrement méritée. Il apaise alors les esprits grâce à sa propre transcription, limpide et aérienne, de la fameuse « Sicilienne » en sol mineur de Johann Sebastian Bach.

Avec la troisième symphonie de Rachmaninov qui conclut le concert, le contraste n’est pas mince. Cette avant-dernière partition du compositeur constitue un concentré de tout son œuvre. Le grand romantisme russe s’y déploie sans complexe, avec une force de suggestion qui s’impose. A la suite du solo initial de clarinette qui émerge du silence, les larges phrases des cordes balaient tout l’espace sonore. Quelle impressionnante cohésion, quelle intensité irrésistible notamment dans les pupitres de violons ! Tugan Sokhiev impose un lyrisme d’une force et d’une vitalité sans limite. Il anime les étonnantes particularités rythmiques de l’Adagio non troppo avec subtilité et maintient la tension musicale jusqu’aux derniers éclats de la partition. Un grand bravo à Geneviève Laurenceau et Hervé Lupano pour les solos de violon et de cor, admirablement tenus.

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