Danse

Les rituels de l’amour

Pour sa première collaboration avec le Ballet de l’Opéra de Paris, nous sommes en 1994, un chorégraphe franco-albanais revisite la célèbre Carte du Tendre de Madeleine de Scudéry. Le succès et la qualité de ce ballet, dont le thème n’est rien moins que celui de l’amour, en font immédiatement l’un des piliers du répertoire de notre première scène nationale. A tel point que l’ultime représentation de la présente série sera la centième depuis la création !

A vrai dire, les 95 minutes de danse ininterrompue que nous propose ici Angelin Preljocaj sont un pur moment de bonheur.L’action se passe dans un parc à la française.Là, quatre jardiniers d’une époque volontairement improbable (ils portent tablier de cuir et lunettes de motards) semblent les gardiens intemporels de ce jardin des délices.

Nicolas Le Riche et Aurélie Dupont

– Photo : Agathe Poupeney/Opéra de Paris –

La musique qui les accompagne, signée Goran Vejvoda, nous plonge dans des abîmes sonores électroacoustiques, la grammaire chorégraphique qui règle leurs mouvements est toute en lignes brisées. Ils sont l’esprit de ce parc, celui qui mène les visiteurs vers les expériences sensuelles les plus accomplies. C’est là qu’une femme et un homme, après bien des jeux en apparence innocents, vont finalement comprendre que la foudre vient de les réunir. Après avoir porté redingotes et somptueuses robes, signées Hervé Pierre (voir photos), leur fusion finale se fera dans le plus simple appareil d’une chemise aussi légère que blanche. C’est dans cette tenue qu’ils danseront leur ultime pas de deux sur le célèbre Adagio du 23ème concerto pour piano de Mozart.Un moment d’une grâce étourdissante, d’une légèreté toute aérienne (au point d’être récupéré par Air France pour sa communication !).

On imagine à peine la concentration musculaire qui doit être celle des deux danseurs. C’est littéralement éblouissant d’émotion. D’autres scènes méritent d’être soulignées, comme celle du somnambulisme de la jeune femme entre les bras des quatre jardiniers. Un pur moment d’apesanteur. A de rares exceptions près, c’est Mozart et quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres, ici interprétées par l’Orchestre de Chambre de Paris sous la direction de Koen Kessels, qui accompagnent ces instants de tendresse, de grâce, de séduction dans lesquels se touchent, s’effleurent, se heurtent aussi les corps. C’est un véritable hymne à l’amour, à la fois sulfureux et follement romantique que nous propose le chorégraphe.

Aurélie Dupont

Nicolas Le Riche

– Photos : Agathe Poupeney/Opéra de Paris –

Une réussite totale que vient souligner ce soir-là la présence d’Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche. Deux étoiles au firmament de leur art, effaçant subtilement une technique que nous leur connaissons superlative, pour ne nous offrir à percevoir que l’élégance, la musicalité et l’abandon total à un art qu’ils portent à son sommet. Comment terminer enfin sans souligner encore une fois l’impeccable participation du Corps de Ballet, c’est devenu presque un lieu commun certes mais la qualité et le talent de tous ces danseurs sont tels qu’il convient de rappeler combien ils sont un facteur indispensable à l’immense succès que connaît la programmation chorégraphique de l’Opéra de Paris depuis de très nombreuses années.

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