Danse

Mister B en apothéose et… des souvenirs

Le 26 octobre, nous dit-on, Aurélie Dupont, directrice de la Danse à l’Opéra de Paris, a rendu un vibrant hommage à deux ballerines qui nous ont quittés cette année. Tout d’abord Violette Verdy (1933/2016), décédée en février et, plus récemment, le 19 octobre exactement, Yvette Chauviré (1917/2016). Le programme des cinq premières représentations de ce programme entièrement balanchinien, comprenait Sonatine, un ballet conçu pour Violette Verdy par le chorégraphe new yorkais. Rappelons que cette danseuse fut, de 1977 à 1980, directrice de la Danse à l’Opéra de Paris. Encore en 2012, elle donnait des cours à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. Deux immenses danseuses s’en sont allées…
Pour l’heure, en ce 4 novembre, la soirée ne comprend « que », si l’on peut dire, trois ballets signés par le maître du New York City Ballet. Sous la direction de Kevin Rhodes à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, le programme s’organise autour de Mozartiana, Brahms-Schönberg Quartet et Violon Concerto. C’est donc, non seulement à un spectacle de ballet que nous sommes conviés, mais également à un magnifique concert.

Mozartiana : Mathias Heymann

– Crédit photo : Sébastien Mathé –

Quartet : Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio

– Crédit photo : Sébastien Mathé –

Voir la musique et écouter la danse (George Balanchine)

Avec Mozartiana – entrée au répertoire – nous assistons à un chassé-croisé d’hommages réciproques à travers le temps entre Mozart, Tchaïkovski et Balanchine. Chorégraphié sur la Suite n° 4 en sol majeur, op 61 du compositeur russe, ce ballet nous est proposé dans sa seconde version (1981), une première, écrite en 1933, n’a pas grand-chose à voir, si ce n’est la musique qui est la même. Ici nous sommes dans l’abstraction chère à un chorégraphe qui déclarait haut et fort qu’il n’avait pas besoin de danseurs sentimentaux. La musicalité des interprètes règne en maîtresse absolue sur le style balanchinien. Seules quelques rares compagnies peuvent affronter de pareilles exigences techniques. Le Ballet de l’Opéra de Paris fait partie de celles-ci. Ce soir, avec la participation fort bienvenue des élèves de l’Ecole de Danse, notre première Compagnie française est dans toute la maîtrise d’une grammaire impérieuse. En soliste, deux Etoiles, magnifiques bien sûr, il n’est que de les citer : Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, la grâce à l’état pur. A leur côté, un Sujet dont on entendra reparler assurément, en tous cas au vue de sa parfaite prestation de ce soir, Fabien Révillion.

Quartet : Laëtitia Pujol et Stéphane Bullion – Crédit photo : Sébastien Mathé –

Le grand ballet de la soirée est une toute nouvelle ligne dans le répertoire de l’Opéra de Paris où il est entré en juillet 2016 : Brahms-Schönberg Quartet. La musique en est le Quatuor pour piano et cordes en sol mineur, op 25 de Brahms, ici orchestré par Schönberg, un compositeur, inventeur du dodécaphonisme, altiste et violoncelliste également qui a maintes fois joué le grand romantique mort dans la Vienne de l’Empire Austro-hongrois en 1897. Cette transcription musicale dans laquelle affleurent en permanence les chaudes et sombres couleurs brahmsiennes est l’accompagnement – luxueux – d’une chorégraphie qui fait ici largement référence au style classique que dominait, n’en doutons pas une seconde, George Balanchine. Pluie d’Etoiles pour ce ballet.

Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio dans un stupéfiant Allegro, Laëtitia Pujol et Stéphane Bullion pour un lumineux Intermezzo. Place ensuite à de superbes Premiers danseurs : Mélanie Hurel et Arthus Raveau pour un Andante très graphique. Et pour finir, le fameux Rondo alla zingarese, ses brillantes variations, son clin d’œil appuyé à la Bohème hongroise, ses czardas avec talonnades et main sur la hanche. Dans cet exercice qui ravit le public, Valentine Colasante (Première danseuse) et Alexandre Gasse, un Coryphée survolté, surpuissant, que l’on devrait retrouver rapidement à d’autres postes plus avancés dans la hiérarchie maison.

Concerto : Hannah O’Neill et Jérémy-Loup Quer – Crédit photo : Sébastien Mathé –

Pour clore cette soirée, le Violin Concerto de Stravinsky offre au Ballet de l’Opéra de Paris l’occasion de renouer avec l’une de leurs plus anciennes « acquisitions » balanchiniennes puisque, en effet, ce ballet est entré dans son répertoire en 1984, soit à peine douze ans après sa création dans sa seconde version, l’originale datant de 1941 et Balanchine l’ayant totalement oubliée. Saluons au passage l’excellence du soliste instrumental de cette redoutable partition, Frédéric Laroque, Premier violon de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Dans les deux Arias qui forment le corps et le cœur de ce ballet d’une demi-heure, Mister B a écrit deux pas de deux qui sont ici offerts, pour le premier à Hannah O’Neill (Première danseuse) et Jérémy-Loup Quer (Sujet), pour le second à Muriel Zusperreguy (Première danseuse) et Karl Paquette (Etoile). Rapidité et puissance se conjuguent dans ces deux passages réclamant une résistance peu commune aux interprètes flirtant ici avec une gestique proche de la gymnastique. Ce qu’ils assument et assurent à la perfection. Tout au long de la soirée, le Corps de Ballet répond présent aux multiples et périlleuses sollicitations de George Balanchine, soulignant par son engagement et sa constante discipline, non seulement son impérieuse qualité mais aussi, et je le répète encore, combien ce répertoire ne peut être que l’apanage des Compagnies qui côtoient en permanence la perfection.

Un spectacle exigeant pour tous, y compris le public, mais porteur de bonheurs esthétiques ineffables.

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