Festivals

Jeune et grand talent

L’avenir musical est assuré. La qualité des jeunes artistes qui se produisent lors des concerts de Toulouse d’Eté en atteste absolument. Le 15 juillet, Adam Laloum, à peine vingt-deux ans, surprenait le public du cloître des Jacobins, ébloui par un talent déjà affirmé d’authentique pianiste. D’allure frêle et timide, semblant tout juste sorti de l’adolescence, ce natif de la ville rose est transfiguré dès qu’il pose ses mains sur le clavier.

Le jeune pianiste toulousain Adam Laloum

Pianiste sensible et profond musicien, Adam Laloum n’a rien d’une bête à concours. Ses qualités techniques, indéniables, ne l’entraînent jamais vers la démonstration virtuose pour elle-même. Elles lui ouvrent simplement la voie vers la communication avec l’auditeur. Capable d’un legato de rêve, il s’investit totalement dans les grands déploiements rythmiques. Le programme de son récital d’ouverture du festival toulousain ne misait pas sur la facilité. Programme exigeant, difficile certes pour les doigts, mais surtout éprouvant pour la tension qu’il réclamait de l’interprète.

Les 6 Romances sans paroles qui ouvrent la soirée célèbrent le bicentenaire de la naissance de leur auteur, Felix Mendelssohn. Chaleureusement détaillées par l’interprète, ces pièces, aussi vocales que des lieder de Schubert, alternent les climats : de la nostalgie à l’exaltation, de la ferveur à la confidence.

Schubert, justement, enchaîne sur sa sonate opus posthume en la majeur D 664. La simplicité touchante du thème initial, très « Belle Meunière », va droit au cœur. Adam Laloum en souligne la finesse, la fragilité même, de la construction expressive. Le final vif et bouillonnant la conclut sur un tourbillon chaleureux.

Dans la seconde partie, consacrée aux huit grandes fantaisies intitulées « Kreisleriana » de Robert Schumann, Adam Laloum assume avec panache le véritable défi pianistique que représente cette partition redoutable entre toutes. Il en explore avec la même ardeur les déchaînements de violence comme les ombres inquiétantes. Hallucinée, féroce ou faussement apaisée, la musique de Schumann trouve là une traduction pianistique d’une grande conviction. Le jeune artiste s’investit totalement dans une interprétation qu’il maîtrise avec une maturité inespérée. Nul doute qu’il ajustera sa vision à la progression de son grand talent, mais comment ne pas admirer un tel accomplissement à l’aube d’une carrière qui s’annonce particulièrement féconde.

« Général Lavine-Eccentric », extrait du livre II des Préludes de Claude Debussy, joué en bis avec beaucoup d’esprit, conclut joliment ce premier concert de Toulouse d’Eté.

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