Festivals

Fou Ts’ong ouvre la fête du piano

Pour son récital d’ouverture, le 29ème festival Piano aux Jacobins recevait pour la première fois le grand pianiste d’origine chinoise Fou Ts’ong, né à Shanghai en 1934 et adopté par l’Angleterre.

Le pianiste Fou Ts’ong, invité du festival Piano aux Jacobins

Vivant actuellement à Londres, Fou Ts’ong, qui fut le gendre de Sir Yehudi Menuhin avec lequel il collabora, occupe une place à part dans le firmament des pianistes d’aujourd’hui. Pédagogue recherché, il a renoué récemment avec la Chine où il donne des concerts et des master-classes.

Son récital toulousain s’ouvrait sur la bouleversante Fantaisie en ré mineur de Mozart. La sonorité de velours de l’interprète s’y déploie d’abord dans un tempo d’une extrême lenteur. On y découvre ensuite une ampleur d’orgue qui se nourrit d’une impressionnante dynamique. Fou Ts’ong y ménage de prodigieux instants de silences, comme pour annoncer ceux dont Schubert ponctue sa sonate D. 959 donnée en fin de récital. La conclusion sonne comme un retour à la vie simple après une échappée dans un rêve tragique.

Dans les deux sonates de Haydn qui suivent (ré majeur et si mineur), la volubilité d’un toucher bouillonnant passe au premier plan, bousculée par endroits par quelques approximations de doigté bien secondaires. L’interprète les charge pourtant d’un poids dramatique que l’on pourrait estimer étranger à ces partitions.

La première partie s’achève sur deux des plus beaux nocturnes de Chopin, les nos 1 et 2 de l’op. 62. Lyrisme et ampleur du discours, profondeur du propos habite l’interprétation du pianiste.

Le second volet du concert est entièrement consacré à l’avant dernière sonate de Schubert, la vaste et géniale D 959 en la majeur : vision transcendée d’une vie comme observée depuis l’au-delà. Fou Ts’ong en fouille les accents tragiques avec conviction, non sans s’égarer parfois hors de la rigueur formelle. Les convulsions d’un allegro initial halluciné et contrasté, la longue marche de l’andantino, les fausses légèretés du scherzo conduisent inexorablement vers un rondo final fiévreux et agité, loin de l’apaisement espéré.

Un bis schubertien hors du temps conclut cette première soirée du festival, animée par un artiste rare dont l’aspect fragile et vulnérable cache une solide énergie musicale.
La suite des concerts
Cinq nouveaux grands artistes vont se succéder au cours de la deuxième semaine de Piano aux Jacobins. Le Russe Evgeny Koroliov présente, le 12 septembre, un programme entièrement consacré à Bach. Le 13, ce sera le retour du brillant Frank Braley dans un florilège musical d’une grande ouverture, associant Bach, Debussy, Hindemith, Stravinski et Gershwin. Le vétéran Paul Badura-Skoda sera, le 16 septembre, l’interprète inspiré que l’on connait de Haydn, Beethoven, Martin et Schubert. Le duo exceptionnel des Hongrois, György et Martha Kurtag, alternera Bach (transcrit par Kurtag lui-même) et… Kurtag, compositeur de Játékok. Attention, ce concert en duo aura lieu au Théâtre Garonne. Le 18 septembre, deux jeunes pianistes espagnols Ivan Macias et Juan Miguel Murani se partageront un programme de musique ibérique Albeniz, Falla, Granados, Lazaro, auquel s’associeront Debussy et Ravel. A suivre…

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