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Fabrice Millischer : de la sacqueboute au trombone

Le festival International Toulouse les Orgues, pour sa 16ème édition, étend son territoire musical à tous les domaines qui complètent l’instrument-roi. Les cuivres ont toujours constitué pour lui des partenaires de choix. Le 8 octobre dernier, l’église du Gesu, nichée au cœur du quartier Saint-Michel, recevait un enfant du pays qui s’illustre brillamment dans cette vaste famille instrumentale.

Fabrice Millischer – Photo Classictoulouse

A

Fabrice Millischer, dont la célébrité ne cesse de s’affirmer, a fait du trombone son domaine favori. Favori mais pas exclusif puisqu’il est également violoncelliste confirmé, titulaire de diplômes enviés ! Mais ce soir-là, il s’agissait pour lui de répondre à l’invitation du festival qui souhaitait ainsi rendre hommage au tromboniste. Il est vrai qu’à 26 ans, Fabrice Millischer a gagné les prix les plus prestigieux qui honorent son instrument favori.

En 2007, il est le tout premier, dans l’histoire de cette compétition créée en 1952, à remporter le premier prix de trombone du Concours International de l’ARD de Munich. En 2011, il est le premier tromboniste à être désigné « Révélation soliste de l’année » aux Victoires de la Musique Classique. Nommé professeur à la Hochschule für Musik Saar, il occupe également le poste de trombone solo à la Deutsche Radio Philharmonie Saarbrücken.

Pour son concert toulousain, Fabrice est accompagné à l’orgue par la jeune Maïko Kato, titulaire d’un Premier Prix à l’unanimité du Conservatoire de Toulouse, élève de Michel Bouvard, de Willem Jansen, pour l’orgue, de Yasuko Bouvard pour le clavecin, et 1er Prix du Concours international Jean-Louis Florentz d’Angers. En outre, il est rejoint au cours de la soirée par les membres de l’ensemble de cuivres anciens Les Sacqueboutiers, avec lesquels il collabore régulièrement, puis par l’Ensemble de trombones de Toulouse, dirigé par Daniel Lassalle qui fut son professeur au Conservatoire de la ville rose.

Fabrice Millischer avec Les Sacqueboutiers. De gauche à droite : Hélène Médous, violon, Fabrice Millischer, sacqueboute, Jean-Pierre Canihac, cornetto. A l’arrière, cachée par l’orgue positif, Yasuko Bouvard – Photo Classictoulouse

La première partie, consacrée à la musique ancienne, s’ouvre sur cette incroyable Sonata prima pour sacqueboute et orgue de Dario Castello, pièce virtuosissime, dans laquelle l’ornementation tient du prodige, à la limite du faisable, comme dans l’autre Sonata prima, signée Giovanni Fontana également jouée en première partie. La rondeur du son, la finesse du phrasé caractérisent le jeu fluide de Fabrice Millischer qui va, avec panache, jusqu’aux limites du possible. Plus déclamatoire, le Vestiva i colli, de Giovanni Bassano, joue sur la tenue du son, ainsi que la très belle prière en forme de choral de Todo el mundo, de Francisco Correa de Arauxo. Une très belle pièce pour orgue d’Antonio de Cabezón jouée à l’orgue positif par Maïko Kato, s’insère dans ce brillant panorama. Enfin, trois des membres permanents des Sacqueboutiers, Jean-Pierre Canihac, au cornetto, Hélène Médous, au violon baroque et Yasuko Bouvard, à l’orgue, rejoignent Fabrice Millischer dans une Canzon XII, jubilatoire et effervescente, de Dario Castello. Défis, échanges, dialogues nourrissent cette pièce éblouissante.

L’Ensemble de Trombones de Toulouse, dirigé par Daniel Lassalle (deuxième

à partir de la gauche) avec Fabrice Millischer – Photo Classictoulouse

Le trombone moderne devient l’instrument soliste de la seconde partie de la soirée. Fabrice Millischer y déploie une sonorité somptueuse, dorée, intense. Réfugié sur la tribune du bel orgue Cavaillé-Coll de l’église du Gesu, il est d’abord rejoint par Daniel Lassalle dans un Double concerto de Haendel, plus probablement écrit pour deux violoncelles. Les deux trombones y font assaut de virtuosité et d’éloquence. Plus proche de notre époque, plus théâtralement romantique, le Morceau symphonique pour trombone et orgue d’Alexandre Guilmant précède l’Aubade de Louis Vierne, jouée avec une belle douceur poétique par Maïko Kato. C’est enfin comme un air d’opéra que le trombone déclame avec éloquence dans la Romance de Weber. La soirée s’achève avec l’entrée en scène de l’Ensemble de trombones de Toulouse, dirigé par Daniel Lassalle, un groupe impressionnant de musiciens aux sonorités intenses et riches, qui vient soutenir Fabrice Millischer dans une démonstration étonnante de flexibilité expressive. La touchante nostalgie de la Pavane pour une infante défunte de Ravel, la suavité subtile de La Fille aux cheveux de lin, de Debussy, deux pièces admirablement transcrites, trouvent le chemin du cœur. Le cinéma conclut ce programme sur une sélection de musiques signées Michel Legrand, que l’on se surprend à fredonner.

Un bis bienvenu visite la poésie de Charles Trenet : Y a d’la joie…

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