Festivals

Pianissime !

Une fois de plus, Nelson Freire épuise tous les épithètes. Le 15 septembre dernier, il enchantait le cloître des Jacobins au cours d’un récital ouvert sur toute la musique, de Bach à Villa-Lobos en passant par les grandes signatures pianistiques de l’histoire, Beethoven, Schumann, Chopin, Debussy… A coup sûr, l’un des grands récitals de ce 30ème festival Piano aux Jacobins.

C’est avant tout ce toucher étonnant qui éblouit. Main de fer dans un gant de velours, le pianiste brésilien conserve dans les plus extrêmes déchaînements une rondeur sonore d’une suavité unique. Ses talents de coloriste n’ont probablement aujourd’hui aucun équivalent. Son clavier est une palette de peintre qu’il utilise au gré des partitions et des nuances qu’il y développe. C’est ainsi que le prélude de Bach, transcrit par Siloti, qui ouvre la soirée résonne dans le cloître des Jacobins comme joué sur un grand orgue aux riches registrations. Le Steinway de la salle capitulaire semble équipé des multiples jeux d’un instrument racé.

Le grand pianiste brésilien Nelson Freire (Photo Mat Henneck)

Une œuvre aussi célèbre que la sonate « Clair de lune », de Beethoven sonne différemment sous ses doigts. La poésie sublime de l’adagio, le détachement bon enfant de l’allegretto conduisent de manière insidieuse l’auditeur jusqu’au presto agitato, impressionnante course à l’abîme, haletante et désespérée. Avec l’habileté d’un prestidigitateur, Nelson Freire plonge ensuite dans le monde imagé et fantasque de Schumann. Papillons, son opus 2, frémit de ses contrastes, de ses foucades. Comme en un jeu visuel, l’interprète illustre de ses mains les deux caractères de base du piano de Schumann, « la Fantaisie » et « l’Humeur ». Lyrisme et imagination éclaboussent son exécution.

De Chopin, Nelson Freire aborde successivement deux aspects complémentaires, la méditation rêvée de deux Nocturnes de l’op. 27 et l’agitation anxieuse du premier Scherzo. Dans le premier livre des Préludes de Debussy, le pianiste choisit l’ample respiration de « Les collines d’Anacapri », la douce mélancolie de « La Fille aux cheveux de lin » et les foucades de « La Danse de Puck » et de « Minstrels ». Sous les doigts de Nelson Freire, Debussy se pare des couleurs de l’aube et du couchant.

C’est avec deux pièces enflammées de son compatriote Heitor Villa-Lobos que le pianiste brésilien conclut son programme. Lyrisme chaleureux de « Alma Brasileira » (Âme brésilienne) et hallucinante effervescence de la « Dança do Indio branco » (Danse de l’Indien blanc), une musique qui coule dans les veines de l’interprète.

Acclamé par un public sous le charme, Nelson Freire offre généreusement quatre bis supplémentaires : deux autres pièces de Villa-Lobos (dont la fameuse « Lenda do Caboclo »), l’immortelle transcription pour piano du solo de flûte de l’Orphée de Gluck, la signature musicale de Nelson Freire, et enfin le choral « Jésus que ma joie demeure », de Bach, comme une marche vers l’éternité. Merci l’artiste !

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