Disques

Le divin poème de la douleur

Les Passions, Orchestre baroque de Montauban, fondé en 1986 par le flûtiste à bec Jean-Marc Andrieu, poursuit sa démarche déterminée d’exploration des répertoires baroques. Aussi attentif aux chefs-d’œuvre du Grand siècle français qu’à la riche production latine, il aborde ici la musique sacrée napolitaine, celle du 18ème siècle italien, que les résonances profondes placent en quelque sorte en marge des grands divertissements musicaux et comiques de la péninsule. Giovanni Battista Pergolesi et Alessandro Scarlatti sont ici habilement rapprochés.
Deux grandes pièces vocales constituent les piliers de cette nouvelle production : le Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi et le Salve Regina d’Alessandro Scarlatti. La Sinfonia à 4, purement instrumentale, également de Scarlatti, sert en quelque sorte de transition entre ces deux motets sacrés qui évoquent l’image de la Vierge et des souffrances qu’elle endure. Il est troublant de constater que ces deux pièces majeures de compositeurs différents possèdent en commun la tonalité de fa mineur, considérée par Marc Antoine Charpentier comme « Obscure et plaintive » et par Jean-Philippe Rameau comme « Convenant à la tendresse et aux plaintes ».

Le rôle primordial des deux voix solistes s’avère considérablement lié à la relation de timbre, de style, de phrasé, de vibrato qui s’établit entre les chanteurs. Jean-Marc Andrieu a fait appel, pour cette double célébration sacrée en hommage à la Vierge, à la soprano Magali Léger et au contreténor Paulin Bündgen. Leurs interventions s’accordent parfaitement. Non pas que les deux voix se confondent, bien au contraire. Ce que l’on constate, en particulier dans les duos, c’est leur complémentarité. A la pureté tantôt angélique, tantôt ardente de la soprano se joint la couleur chaleureuse du contreténor.

Le célébrissime Stabat Mater a légitimement fait la gloire de Giovanni Battista Pergolesi. Ce brillant compositeur, fauché par la tuberculose à l’âge de 26 ans, a accompli avec cette œuvre un véritable miracle de musicalité et d’émotion. Ce « divin poème de la douleur », qualifié ainsi par Vincenzo Bellini, fut l’objet d’une commande de la Confraternité de Saint-Louis du Palais. Son écriture réunit un ensemble de qualités du plus haut niveau. Jean-Marc Andrieu, ses musiciens et ses solistes choisissent d’offrir ici la version originale, intimiste, recueillie de cette émouvante prière. L’effectif instrumental réduit soutient les voix sans les écraser. Les duos, en particulier, touchent profondément la sensibilité de chacun. Le Stabat Mater dolorosa, qui ouvre l’œuvre, fait de ses dissonances, suivies de leur résolution, les stigmates de la douleur. Le duo Quis es homo frappe le cœur au plus profond. L’épisode final, Quando corpus moritur, conduit de la peur de la mort à l’action de grâce avec un Amen de lumière.

Dans le Salve Regina de Scarlatti, l’alternance des voix apporte cette diversité de timbres qui confère à l’œuvre sa richesse et la diversité de son expression. La plainte alterne avec la résignation. Les deux voix trouvent l’apogée de leur émotion dans l’épisode final O clemens dans lequel la sensibilité des interprètes touche profondément.

Entre les deux oratorios, la courte Sinfonia à 4 de Scarlatti établit une sorte de lien instrumental d’une très belle qualité. La même tendresse, la même émotion s’y manifestent.

Voici donc un témoignage sensible et raffiné du culte marial avec les plus belles productions musicales de la période baroque.

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