Disques

Le portrait d’une légende du piano

Voici cinquante ans disparaissait le pianiste français qui connut la gloire la plus internationale de l’histoire du clavier. Alfred Cortot, né en 1877, occupa en effet une place éminente dans l’interprétation du grand répertoire romantique. En Allemagne autant qu’en Russie, sa réputation confère à sa mémoire, encore de nos jours, une place prépondérante dans le panthéon des pianistes de légende. Célébrant ainsi sa mémoire, EMI Classics réunit dans un généreux coffret de 40 CDs l’essentiel des enregistrements réalisés par Cortot de 1919 à 1959.

S’il ne s’agit pas ici d’une intégrale absolue, ce bilan musical d’un artiste exceptionnel s’en rapproche beaucoup. Toutes les facettes de son génie musical sont ici abordées. Bien évidemment, la majeure partie de ce portrait concerne le pianiste soliste. Classés chronologiquement, les enregistrements des partitions pour piano solo qui ont fait la gloire de Cortot balaient tout son répertoire. Remettant périodiquement l’ouvrage sur le métier, le pianiste est revenu à plusieurs reprises vers les œuvres qui comptaient vraiment pour lui.

Ainsi, pas moins de quatre versions des Préludes op. 28 de Chopin figurent dans ce coffret. Il est ainsi passionnant d’observer l’évolution que subit l’interprétation d’un tel grand cycle sous les doigts d’un musicien qui a vraiment toujours quelque chose de nouveau à dire. Aux côtés de Chopin, le compositeur peut-être le plus profondément chéri de Cortot, Schumann occupe une place prépondérante. L’imagination musicale, le sens de la couleur et de l’éloquence y font merveille. Les Etudes Symphoniques, les Scènes d’enfants, Kreisleriana, Carnaval, Papillons sont abordés à plusieurs reprises, dans des humeurs qui évoluent de manière sensible d’une version à l’autre. Le répertoire du pianiste ne se limite pas à l’époque romantique. De Bach et Haendel à Scriabine ou encore César Franck, tous les styles sont abordés.

Et puis pas moins de cinq CDs sont consacrés à la musique de chambre, notamment grâce au trio légendaire que Cortot avait formé avec Jacques Thibaud et Pau Casals. Mémorables interprétations de trios de Haydn, Beethoven, Schubert, Mendelssohn, Schumann… On n’oublie pas non plus qu’Alfred Cortot a également été chef d’orchestre. Il a tout de même dirigé, en 1902, la première représentation en France du Crépuscule des Dieux, de Wagner. Il apparaît ici dans une exécution colorée du double concerto de Brahms (avec Thibaud et Casals comme solistes de luxe) et une série d’interprétations, exceptionnelles à l’époque, des Concertos Brandebourgeois de Bach, avec l’Orchestre de l’Ecole Normale de Musique de Paris.

On ne saurait ignorer le talent d’accompagnateur de ce grand soliste. Le CD n° 37, véritable trésor, rassemble deux cycles historiques : Dichterliebe (Amours du poète) de Schumann, chanté avec une élégance et une sensibilité extrêmes par Charles Panzera, et les recueils essentiels de Debussy (Fêtes galantes, Chansons de Bilitis, Le Promenoir des deux amants…) déclamés avec une incroyable finesse par la légendaire Maggie Teyte, celle-là même qui inspira Debussy.

Les trois deniers CDs du coffret témoignent du talent de pédagogue de Cortot qui analyse et commente, à la fin de sa vie, quelques unes des sonates de Beethoven qu’il a par ailleurs assez peu jouées au cours de sa longue carrière.

Voici une somme irremplaçable de musiques que l’on peut s’offrir à moindre frais !

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