Le vendredi 29 mai à 20h, la saison de Toulouse Guitare accueillait, à la Chapelle des Carmélites de Toulouse, la dernière invitée de sa saison. La jeune guitariste napolitaine Cristina Galietto présentait ce soir-là un répertoire musical particulièrement riche et varié. La première partie de cette soirée permettait également de découvrir un jeune élève du Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse, Eliot Fretwell.
Née à Naples en 2000, Cristina Galietto a suivi un cursus aussi varié et riche qu’exigeant. Elle a obtenu plusieurs prix prestigieux lors de grands concours internationaux, notamment des premiers prix au concours international de Guitare Alexis Rago à Stuttgart, au concours International pour jeunes guitaristes Andrès Segovia à Monheim am Rhein, au concours de guitare d’Uppsala en Suède. Elle a reçu la prestigieuse première place au concours EuroStrings 2021 organisé à Petrer (Espagne) dont le prix comprend une tournée de concerts en 2022 et 2023 en Europe, aux États-Unis et en Asie.
Elle se présente à la chapelle des Carmélites à l’atmosphère surchauffée avec sa guitare particulière, fabriquée par le luthier italien Alessandro Marseglia avec une double-table en épicéa et des éclisses et dos en palissandre indien.
Son récital, très acclamé par un public particulièrement attentif, est précédé de l’intervention du jeune Eliot Fretwell, élève de Benoît Albert, professeur très actif au sein de Toulouse Guitare. Dans les trois œuvres qui composent sa participation, Eliot Fretwell déploie une technique irréprochable qui met particulièrement en valeur le sens polyphonique de son jeu.

La partition délicate de Georges Delerue (1025-1992), intitulée Graphic, ouvre sa prestation. L’interprète y manifeste un beau sens des nuances et alimente la poésie qui en émane. L’œuvre suivante, signée Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968), s’intitule Caprices de Goya XII. Composée en hommage au grand peintre espagnol, elle génère une force expressive particulière. Cette variation sur le thème du Dies Irae s’avère d’une intensité qui serre la gorge !
La fantaisie sur l’opéra Il Trovatore de Verdi, imaginée par Johann Kaspar Mertz (1806-1856) complète cette présentation pleine de contrastes et qui témoigne des belles qualités musicales du jeune guitariste.
Cristina Galietto déploie ensuite, avec un sens artistique certain, les belles spécificités de son jeu caractérisé par un subtil raffinement aussi bien sonore qu’expressif. Elle prend la peine de présenter, en anglais, chaque œuvre abordée, permettant ainsi une meilleure réception de la part de chacun.
Elle débute sa prestation avec trois des quelques 555 sonates pour clavecin de Domenico Scarlatti (1685-1757). Dès la Sonata K380, probablement la plus célèbre de toutes, on admire la belle adéquation de la guitare dans un répertoire conçu pour le clavecin, les deux instruments fonctionnant sur le même principe des cordes pincées. La guitare s’avère finalement plus proche de l’original que le piano ! La nostalgie de la K408 est suivie de la vivacité souriante de la K377.

Ecrite à la base pour guitare et violon, puis arrangée pour guitare seule, la Grande Sonata de Niccolo Paganini (1782-1840) est ensuite offerte. Deux de ses mouvements sont joués : la Romanza, évocation vocale et romantique et l’Andantino variato, final à variation qui met en évidence la virtuosité experte de l’interprète. De Miguel Llobet (1878- 1938), le Scherzo-Vals déploie un humour réjouissant, alors que la Cavatine et Danza Pomposa, d’Alexandre Tansman (1897-1986), inspiré par Venise, évoque une sorte de mosaïque lumineuse. La Tarantella de Mario Castelnuovo-Tedesco développe la croyance napolitaine selon laquelle la piqure d’une tarentule provoque cette frénésie chorégraphique…
Le programme s’achève sur la Sonata op. 61 de Joaquín Turina (1882-1949), pièce d’inspiration sévillane avec quelques accents flamencos. Ses trois volets évoquent successivement la manifestation de l’amour, celle de la nuit, puis celle de l’éveil. Le jeu particulièrement expressif de Cristina Gallietto enthousiasme le public qui obtient non pas un, mais deux bis !
Le premier est offert en hommage au père de la guitariste, présent dans la salle, à l’occasion de son anniversaire ! Il s’agit d’une transcription du fameux lied de Franz Schubert, Ave Maria, particulièrement en situation dans ce bijou que constitue la Chapelle des Carmélites.
Le second est un traditionnel populaire, El Abejorro (le bourdon) du compositeur catalan Emilio Pujol (1886-1980).
Ce concert ne pouvait mieux conclure la saison 2025-2026 de Toulouse Guitare. La divulgation du contenu de la prochaine saison ne saurait tarder…
Serge Chauzy
