Le dernier concert de la 40ème saison des Grands Interprètes, le 28 mai dernier, a reçu pour la première fois à Toulouse la soprano sud-africaine Pretty Yende. Accompagnée par la pianiste polonaise Anna Marchwińska, la cantatrice a imaginé un programme d’airs d’opéras qui évoque une galerie de portraits de femmes confrontées à l’amour sous ses formes les plus diverses.
Née en 1985 à Piet Relief, en Afrique du Sud, Pretty Yende a fait ses débuts à Riga dans le rôle de Micaëla de Carmen. Elle a reçu en 2010 le premier prix dans les deux catégories (opéra et opérette) du concours Belvedere de Vienne. En 2011, elle a remporté le concours Operalia Plácido Domingo. La même année, elle a obtenu son diplômé de l’Académie pour jeunes artistes de La Scala de Milan. Par la suite, elle a rapidement fait ses débuts dans les plus prestigieuses maisons d’opéra du monde. Le grand public a pu la découvrir lors de la réouverture de Notre-Dame de Paris en 2024.
L’essentiel du programme de son récital toulousain réunit des airs d’opéras célèbres réclamant des qualités vocales particulièrement performantes. Tout au long du concert, la soprano déploie un timbre lumineux et dense, une puissance vocale impressionnante avec de aigus projetés avec force. Une certaine stridence, qui se manifeste parfois, tend à s’atténuer tout au long de la soirée.
C’est avec Les Noces de Figaro de Mozart que s’ouvre le récital. Pretty Yende en souligne le caractère dramatique de l’air de la Comtesse : « Dove sono… », précédé de son récitatif. C’est toute la tragédie des interventions finales du rôle de Desdemona dans l’Otello de Verdi qui s’exhale avec conviction, de la fameuse « Chanson du saule » au touchant « Ave Maria ».
La cantatrice exprime ensuite avec talent toute la légèreté de l’air « Chi il bel sogno di Doretta » extrait de La Rondine, de Puccini. Le contraste n’est pas mince avec la fameuse scène de Violetta dans le premier acte de La traviata de Verdi qui suit. Les aigus dardés avec force y alternent avec une aisance admirable de la vocalisation virtuose de « Sempre libera ».

Si l’italien constitue la langue chantée de la première partie du concert, celle du second volet se partage entre le français et l’allemand. De l’ouvrage émouvant Louise, de Gustave Charpentier, la cantatrice exprime toutes les nuances de l’air célèbre « Depuis le jour… », avant d’aborder le monde du lied et de la mélodie.
Elle détaille tout d’abord trois lieder de Richard Strauss. La passion qu’exprime Cäcilie, la profonde nostalgie du sublime Morgen !, la générosité de Zueignung sont admirablement soutenues. Apparition, de Claude Debussy, mélodie au lyrisme touchant, soutenu par un accompagnement riche de sonorités quasi orchestrales, complète cette séquence.
Le retour vers l’opéra français prend la forme d’un « tube » incontournable, popularisé par Hergé, l’air des bijoux du Faust de Charles Gounod. Pretty Yende en détaille avec charme chaque épisode. C’est un véritable défi qui conclut ce programme : la Czardas enflammée, extraite de La Chauve-souris de Johann Strauss fils, brillamment animée.
L’acclamation nourrie que recueille cette prestation entraîne l’offre d’un bis qui devient la plus éclatante réussite de la soirée. Dans l’air de Rosina « Una voce poco fa » de l’opéra de Rossini Le Barbier de Séville, Pretty Yende déploie un véritable feu d’artifice de vocalises, incluant quelques improvisations irrésistibles.
L’enthousiasme du public se conclut sur une ovation debout.
Serge Chauzy
