Danse

ANGLET – BALLET ILLICITE : LE LAC, TOUJOURS LE MÊME, TOUJOURS RENOUVELÉ. 

LE LAC DES CYGNES - Chor. Fabio Lopez - ©Stéphane Bellocq

Il est des chorégraphes comme des écrivains qui « cent fois sur le métier remettent leur ouvrage ». c’est le cas ici, pour Fabio Lopez, directeur du Ballet Illicite, Ballet des Trois Villes (Anglet-Bayonne-Biarritz).

Reprenant son Lac des Cygnes au Théâtre Quintaou d’Anglet, un peu plus d’un an après sa création, le chorégraphe est resté fidèle à sa conception de départ, tout en apportant de subtils changements dont un très expressif duo entre Siegfried et Rothbart. A l’ouverture du rideau, nous retrouvons la scène qui donne tout son sens à la vision originale du chorégraphe. Le pas de deux de Rothbart et de la femme qu’il aime dans une demi-pénombre onirique, et l’issue fatale pour elle, nous donne la clé du personnage du Baron, qui n’est plus le personnage maléfique habituel, mais un homme désespéré par la perte de l’être aimé, et qui ne veut pas infliger cette douleur aux personnes de sa cour. Le couple Nina Pham – Romain Sirvent, servi par une chorégraphie toute en délicatesse mais dont la rigueur technique n’est pas exempte, nous en donne une interprétation extrêmement poétique et lyrique.

Le Lac des Cygnes – Nina Pham – Romain Sirvent – Chor. Fabio Lopez – © Stéphane Bellocq

Après cette introduction nécessaire pour comprendre la nouveauté de ce Lac, nous retrouvons l’action plus habituelle de ce ballet. Apparaît le prince Siegfried, héros masculin de ce ballet, entouré de sa cour, cour où il doit choisir celle qui deviendra son épouse. C’est donc l’opportunité pour qu’un bal soit donné à cet effet.  Et c’est pour nous l’occasion d’apprécier le talent de Fabio Lopez, dans la chorégraphie des ensembles. La sobriété des costumes qu’allègent les petits paniers de tulle des filles, le noir et le blanc du Ying et du Yang, couleurs omniprésentes tout au long du ballet, la danse des éventails maniés aussi bien par les filles que par les garçons, tout cela dans une chorégraphie où les danseurs se suivent, où les lignes s’entrelacent, où la danse se fait joyeuse, vive. Le chorégraphe réalise le tour de force de nous faire vivre un grand bal au palais avec seulement huit danseurs sur scène grâce à des placements ingénieux, qui mettent en valeur la parfaite symétrie des figures. Les bras s’arrondissent, les jambes se tendent à l’unisson, les éventails bruissent dans un même geste. Mais Siegfried ne semble pas participer pleinement à l’allégresse générale, et distrait par un vol de cygnes apparut dans le ciel, pointe sur eux son arbalète et quitte la scène à leur poursuite.

Le Lac des Cygnes – Chor. Fabio Lopez –© Stéphane Bellocq

L’oiseau ainsi visé, se transforme, sous ses yeux, en une magnifique jeune femme. C’est l’entrée en scène de l’héroïne féminine, la douce Odette, et nous nous retrouvons dans l’acte blanc des origines. Le monde mystérieux des bords du lac s’anime lorsque la troupe immaculée des danseuses et danseurs mêlés ( il s’agit ici de la cour du baron Rothbart transformée en cygnes, aussi bien féminins que masculins), déroulent la chorégraphie si personnelle de Fabio Lopez. Le style néoclassique se teinte de traits contemporains : des pieds cassés en équerre qui soudain se tendent en un parfait style classique. Parfois le chorégraphe ne résiste pas à quelques clins d’œil à l’œuvre de Petipa : ainsi ces quelques secondes du pas de quatre des petits cygnes.  Le corps de ballet nous donne à voir des lignes très épurées, et l’ajout de l’élément masculin nous apparait comme une véritable réussite . mais les héros de ce deuxième acte restent, bien évidemment, Odette et Siegfried. Et de nouveau cette rencontre entre le Yin et le Yang, entre la terre incarnée par Siegfried, tout de noir vêtu, et le ciel par Odette, bel oiseau blanc.  Leur duo dessine des figures où au vocabulaire classique répondent des envolées néoclassiques, bien dans le style de Fabio Lopez : grands jetés, arabesques, pirouettes, tout y est, avec bien sûr, les portés si particuliers qui sont la signature habituelle du chorégraphe.

Le Lac des Cygnes – Florian Career – Chor. Fabio Lopez – © Stéphane Bellocq

La danse de Florian Career- Siegfried est limpide, fluide, nous donnant à voir l’ensemble des sentiments qui agitent le Prince. Florian Career est, ici, le danseur noble par excellence, faisant preuve d’une présence, d’une autorité sur scène, qui augure que les rôles d’autres princes du répertoire lui sont ouverts. Isabella Zocche-Odette nous apparaît tout de blanc vêtue, un court tutu la différenciant des autres cygnes, tutu ayant appartenu, excusez du peu, à la grande Yvette Chauviré. On aurait pu penser que l’esprit de cette immense artiste, illuminerait l’Odette d’Isabella. Pourtant nous avons eu le sentiment que la danseuse, qui a, n’en doutons pas, un immense potentiel en elle, restait, lors de cette soirée, un peu en retrait de son personnage. Plongée en elle-même, elle semblait si concentrée sur sa danse, qu’elle en oubliait son interprétation, semblant se réfugier sous le maquillage blanc de son visage. Il en est des danseurs, comme de nous tous, certains moments nous échappent et ne nous permettent pas de nous ouvrir au monde qui nous entoure.

Le Lac des Cygnes – Isabella Zocche – Florian Career – Chor. Fabio Lopez – © Stéphane Bellocq

Poursuivant son récit, Fabio Lopez a introduit une nouvelle scène à son Lac. Odette et Siegfried ayant supplié en vain Rothbart de lever le sort qui empêche leur bonheur, le Prince et le Baron vont s’affronter dans un duo où la violence parfois contraste avec la magnifique musique de Tchaikovski, duo fait de corps à corps où l’un après l’autre prenne l’ascendant, avant que la force du Baron triomphe, mais que le vœu de Siegfried soit exaucé . Ce moment dansé par Romain Sirvent et Florian Career , et l’un des moments fort de l’œuvre, et introduit parfaitement la fin du ballet. Siegfried renonce à son humanité par amour pour Odette, et devient le magnifique cygne noir, enlace le cygne blanc et partent ensemble vers un ailleurs propice à leur bonheur. Rothbart, quant à lui, après avoir trahi son serment, devient lui aussi un cygne noir, perdant la griffé acérée, symbole de sa puissance.

Le Lac des Cygnes – Florian Career- Romain Sirvent – Chor. Fabio Lopez – © Stéphane Bellocq

Si les puristes ne retrouveront peut-être pas Le Lac, auquel ils sont habitués, force-leur sera, peut-être, de reconnaître que cette révision, réécriture, réinterprétation de l’œuvre de Petipa et de Tchaïkovski n ‘est en rien iconoclaste, mais nous ouvre à une autre sensibilité. Et c’est là le talent de Fabio Lopez, nous raconter autrement La Belle au Bois Dormant et Le Lac des Cygnes. D’autres relectures viendront, nous les attendons avec impatience.

                                                                                                              Annie Rodriguez

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