La dernière apparition à Toulouse de la célèbre et mythique compagnie de ballet créée par Maurice Béjart remonte à 2011 ! Elle s’était alors produite dans un programme réunissant Aria et Dionysos, deux œuvres dans lesquelles s’était illustré l’une des grandes Etoiles de cette Compagnie : Julien Favreau, respectivement Thésée et Zeus. Classictoulouse l’a rencontré pour un échange sans fard rempli d’une admiration pour le maître dont la présence, presque vingt ans après sa disparition, est toujours aussi prégnante.
Rencontre
Classictoulouse : Julien Favreau, vous avez rejoint l’Ecole de Maurice Béjart en 1994, vous aviez 16 ans. Un an après vous intégrez la Compagnie pour en devenir premier soliste rapidement, une Compagnie que vous ne quitterez plus. Que représente-t-elle dans votre vie ?
Julien Favreau : Effectivement j’ai fait toute ma carrière dans cette Compagnie. A vrai dire, je me suis posé la question lors de la disparition de Maurice en 2007. Etait-ce un signe qu’il me fallait observer attentivement, et peut-être changer de Compagnie, aller vers des chorégraphes différents, vers d’autres répertoires. En fait je n’ai pas réfléchi longtemps à tout cela. J’ai vite compris que j’étais toujours au bon endroit et au bon moment. En restant je rendais également un hommage personnel à Maurice, un artiste avec lequel je travaillais depuis plus de 13 ans. J’ai également réalisé à ce moment-là combien il était important que le public qui connaissait l’œuvre de Maurice Béjart ou bien qui allait la découvrir, voit des danseurs ayant travaillé avec le maître et ainsi conserver ce lien le plus solide possible. En tant que pur produit de cette maison j’ai considéré que ma place demeurait dans cette Compagnie. Ce qu’elle représente dans ma vie est quasiment indescriptible. Bien que Rochelais de naissance, depuis mon entrée à l’école Rudra, je vis en Suisse. J’y ai fait des rencontres extraordinaires, Maurice Béjart bien sûr, mais aussi différentes personnes qui m’ont construit en tant qu’homme et en tant qu’artiste. Une véritable école de la vie qui emprunte bien d’autres chemins que la danse pure. En plus il faut souligner que cette Compagnie est quasiment itinérante et parcourt la planète à longueur d’année. Bien que domiciliée à Lausanne, elle n’est pas attachée à un lieu. C’est l’une des caractéristiques originales de cet ensemble.

Vous qui êtes devenu la mémoire vivante du travail de Maurice Béjart, depuis 2024 vous êtes le nouveau directeur du Béjart Ballet Lausanne. C’est une charge considérable étant donné l’ampleur et l’importance de l’héritage que vous vous devez non seulement de protéger mais également de transmettre.
J’ai accepté cette proposition pour différentes raisons. Je dois avouer que je venais d’avoir 46 ans et que mon corps commençait à fatiguer. J’étais clairement en fin de carrière et je le savais, les blessures se succédaient, les récupérations étaient plus longues. Après trente années sur scène il m’était difficile d’assurer les grands rôles. Mais le plus important pour moi, et c’est pour cela que j’ai accepté le poste, c’est qu’il y avait peut-être potentiellement un danger quant à la pérennité de cette Compagnie. Le répertoire que nous dansons est aujourd’hui un répertoire devenu classique en cela qu’il fait partie définitivement de l’histoire de la danse. Il faut continuer à le défendre. C’est pour cela que j’ai accepté le challenge.
Ces nouvelles fonctions vous ont-elles éloigné de la scène ?
Je monte encore sur scène mais à présent c’est davantage dans des rôles de caractère.
En ouvrant cette mythique Compagnie à d’autres chorégraphes, vous l’éloignez d’un danger, celui qu’elle devienne muséale
Effectivement, mais je dois souligner que Maurice Béjart proposait souvent à ses danseurs de créer leur propre chorégraphie, soit pour un solo, un pas de deux ou un groupe. C’est mon tour à présent d’inviter d’autres chorégraphes afin de nourrir cette Compagnie au travers de créations qui vont leur permettre de s’exprimer dans un langage actuel.
Quel est l’âge moyen de cette Compagnie dans laquelle se retrouve à peu près le monde entier ?
La Compagnie se compose de 40 danseurs, de 17 nationalités différentes aujourd’hui et d’une moyenne d’âge de 30 ans. L’année dernière j’étais sur un processus de recrutement. J’ai donc fait paraître une annonce sur les réseaux sociaux. Résultat : plus de 600 candidatures !
Comment peut-on expliquer l’engouement planétaire pour le travail de Maurice Béjart, disparu depuis 2007 ?
Lorsque Maurice Béjart a commencé à présenter son travail, il était incontestablement innovant, voire révolutionnaire. Aujourd’hui son répertoire est devenu classique. Son œuvre a profondément marqué toute une génération de danseurs mais aussi de spectateurs. Les lignes ont sensiblement bougé. Les nouvelles générations de danseurs rêvent autant de danser Le Lac des cygnes de Petipa et la Giselle de Coralli et Perrot que Le Boléro et L’Oiseau de feu de Maurice Béjart. Ces chorégraphies traversent le temps et les générations. Je suis persuadé que l’universalisme de Maurice Béjart parle au plus grand nombre. Sa danse est musique, une musique plurielle qu’il est allé chercher autant dans les siècles classiques que dans tous les pays du monde, interpellant aussi bien des rythmes africains que de la musique expérimentale, sans oublier la musique pop. S’il a écrit des œuvres destinées avant tout au public le plus large, il s’est aussi investi dans des chorégraphies plus intimes. C’est cette variété d’approches qui en fait la richesse. Et finalement chacun y trouve son compte.
Peut-on mettre sinon en équivalence du moins en importance dans l’histoire du ballet d’autres chorégraphes du 20éme siècle.
Bien sûr et je pense de suite à Pina Bausch, Alvin Ailey, Mats Ek, William Forsythe, Jiri Kylian, tous ces noms-là ont laissé une empreinte de leur passage et sont dansés par les plus grandes Compagnies du monde.
Beaumarchais écrivait « on est toujours l’enfant de quelqu’un ». Est-ce le cas de Maurice Béjart?
Maurice Béjart est né avec la danse classique, celle-ci l’a beaucoup influencé. L’art de Balanchine ne l’a pas laissé indifférent. En revisitant les codes de la danse classique, il a créé une grammaire chorégraphique originale tout à fait nouvelle. Son approche de la danse, parfaitement sincère et novatrice, représente la fusion de plusieurs cultures, de plusieurs religions. Maurice Béjart savait également s’inspirer de tel ou tel interprète de sa Compagnie, tel ou tel danseur dont le rayonnement et les aptitudes faisaient naître en lui la source d’une création. Avec Maurice Béjart nous étions dans une sorte d’universalisme créatif au service de la danse et de l’humain.

Votre venue à Toulouse se fait avec quel programme ? Pourquoi ce choix ?
Nous passons par Toulouse dans le cadre d’une tournée qui vient de débuter à la Seine Musicale en réunissant 18000 spectateurs. Une grande joie pour la Compagnie vous imaginez ! Nous serons ensuite à l’Arena de Bordeaux, puis pour deux dates au Zénith de Nantes et après Toulouse nous terminons au Palais Nikaïa de Nice. Notre programme débute avec une pièce que j’ai intitulée Béjart et nous. Ce sont des extraits de différents ballets, en solos, duos, ensembles. Le choix a été difficile mais il s’est imposé en fonction des interprètes que j’ai à disposition. Vous allez donc croiser Brel et Barbara, Messe pour le temps présent, Wien, Wien, Mozart Tango, en fait une sorte d’abécédaire qui permet de mieux appréhender par la suite les deux pièces que je propose dans leur intégralité : L’Oiseau de feu et Le Boléro. Ce programme me permet de présenter plus précisément les 40 artistes qui composent la Compagnie d’aujourd’hui. Juste pour terminer avant de nous quitter, je souhaite souligner combien nous sommes heureux de nous produire à Toulouse, une ville de musique qui a la chance d’avoir le Théâtre du Capitole avec un Corps de ballet admirable faisant partie des compagnies majeures françaises.
Propos recueillis par Robert Pénavayre le 23 mars 2026
Zénith de Toulouse le 2 avril 2026
Spectacle à 20h, ouverture des portes à 18h30
Placement assis numéroté – Parking Zénith disponible
Tarif : 49 à 134.20€
Billetterie : Ticketmaster, Fnac Spectacles, etc…
