Le 31 janvier dernier, l’Orchestre national du Capitole donnait son dernier concert du mois sous la direction de la jeune cheffe lituanienne Giedrė Šlekytė, avec le retour du grand pianiste argentin Nelson Goerner, un habitué des grandes soirées musicales toulousaines.
La cheffe initialement invitée pour diriger ce concert, Emilia Hoving, qui attend un enfant, ne pouvait assurer sa direction. Giedrė Šlekytė a accepté de la remplacer et a proposé un programme partiellement modifié. Si le Concerto n° 2 de Chopin est resté au cœur de ce concert, une œuvre récente de la compositrice autrichienne Hannah Eisendle a remplacé la pièce de John Adams, initialement prévue, et la Symphonie n° 7 d’Antonín Dvořák complétait la soirée en lieu et place des Danses symphoniques de Sergueï Rachmaninov.
Née en 1993 en Autriche, Hannah Eisendle a déjà collaboré, en 2022 avec l’Opéra national du Capitole comme cheffe assistante sur la production de Jenůfa, de Leoš Janáček. Son œuvre intitulée « heliosis », composée en 2021, ouvre ce concert du 31 janvier. Le titre, qui signifie « coup de soleil » en grec et en anglais, évoque « une chaleur qui coupe le souffle, engourdit, étourdit ». Ecrite dans un langage actuel, cette courte partition déploie une série de contrastes, aussi colorés que percussifs, et utilise toutes les ressources instrumentales de l’orchestre sollicitées avec passion par Giedrė Šlekytė. Comme le proclame la compositrice elle-même : « La matière rythmique explose ». L’atmosphère devient par instants inquiétante, et même angoissante. L’œuvre reçoit un bel accueil de la part du public que la nouveauté ne déconcerte donc pas !

Le Concerto n° 2 en fa mineur, de Frédéric Chopin, fait partie, quant à lui, du grand répertoire romantique. Il s’agit en fait, chronologiquement, du premier concerto écrit par un compositeur de vingt ans à peine. Le grand pianiste argentin Nelson Goerner déploie dans ce dialogue fervent entre soliste et orchestre un jeu limpide et d’une extrême beauté formelle. Dès ses premières notes du Maestoso, le piano se fait voix humaine. Les élans volontaires alternent avec la douceur lyrique des affects. Le Larghetto devient une succession de confidences avec un orchestre attentif. Une sourde inquiétude se manifeste par instants. L’Allegro vivace final résonne comme une libération. La joie sourit enfin dans une prodigieuse richesse de nuances du soliste.

Le public manifeste bruyamment son enthousiasme jusqu’au retour de Nelson Goerner qui offre un bis particulièrement coloré. Il s’agit de Triana, extrait de la suite Iberia d’Issac Albéniz. Du soleil en musique ! Espérons retrouver bientôt ce grand musicien, soit à la Halle aux Grains, soit dans le mythique Cloître des Jacobins qu’il a si souvent animé.
La Symphonie n° 7 en ré mineur, op. 70 d’Antonín Dvořák occupe toute la seconde partie du concert. Moins souvent jouée que la célébrissime 9ème dite « Du Nouveau monde » et même que la belle 8ème, cette partition a été présentée et même publiée en tant que « Symphonie n° 2 », les cinq premières étant restées longtemps ignorées.

Les richesses colorées des pupitres de l’orchestre sont ardemment sollicitées par la direction de Giedrė Šlekytė. L’hommage à Brahms qui apparaît dans l’Allegro maestoso initial est ici accompagné d’une référence aux musiques traditionnelles d’Europe centrale. Les élans dramatiques sont habilement soulignés. Les contrastes qui animent le Poco adagio suscitent le dialogue touchant entre les cors et la petite harmonie. Le Scherzo résonne comme une référence au terroir tchèque et le dynamisme de ses danses. Dans le final, l’énergie joyeuse se déploie avec une belle vigueur de la part de la cheffe et de tous les pupitres de l’orchestre. Une belle conclusion pour ce concert heureux.
Serge Chauzy
Programme :
Hannah Eisendle (née en 1993) : “heliosis”
Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano n°2
Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n°7
