Concerts

Baroque, vous avez dit baroque ?

Philippe Jaroussky et l'ensemble Arpeggiata dirigé par Christina Pluhar - Photo Classictoulouse -

Le 15 octobre dernier, la saison des Grands Interprètes recevait le célèbre contreténor Philippe Jaroussky et l’un des grands ensembles actuels de musique baroque, l’Arpeggiata de Christina Pluhar. Une sorte de show musical totalement hors norme attendait le public qui n’a pas manqué de manifester son enthousiasme devant l’imagination débridée d’un tel spectacle.

Philippe Jaroussky a conquis une place éminente dans le paysage musical international, comme l’ont confirmé les multiples récompenses qu’il a reçues au cours des années. De son côté, Christina Pluhar a fondé l’ensemble vocal et instrumental l’Arpeggiata qui a pour vocation d’explorer la riche musique du répertoire peu connu des compositeurs du premier baroque.

L’ensemble instrumental L’Arpeggiata – Photo Classictoulouse –

Le contreténor et l’Arpeggiata ont établi une collaboration qui a déjà donné lieu à de célèbres réalisations musicales autour de programmes-projets, issus de recherches musicologiques, de rencontres, d’une curiosité commune qui les anime.

Le thème développé au cours du spectacle du 15 octobre, Passacalle de la Follie, permet d’aborder avec l’imagination la plus débridée le rôle tenu par la folie dans la pratique des « airs de cour », ces mélodies raffinées, perles oubliées de la musique ancienne, notamment française, du 17ème siècle. C’est d’ailleurs avec des compositeurs français que s’ouvre la soirée. Les noms peu connus, peu diffusés que sont ceux d’Antoine Boësset (1587-1643), de Gabriel Bataille (1574-1630), d’Henry de Bailly (158?-1637), de Pierre Guédron (1565-1620), d’Étienne Moulinié (1599-1676), ou de Michel Lambert (1610-1696) offrent des découvertes subtiles, élaborées et magnifiquement exécutées aussi bien par le soliste que par les musiciens dont on se doute qu’ils ne sont pas étrangers à l’instrumentation. L’esprit d’improvisation plane sur toutes ces pièces.

En outre, la succession des airs et intermèdes instrumentaux s’effectue dans la continuité, donnant l’impression d’une œuvre unique se dévoilant dans la diversité. Les enchaînements donnent lieu à de belles modulations qui offrent à chaque musicien l’occasion de briller.

Dès le premier air d’Antoine Boësset, « Nos esprits libres et contents », plein de nostalgie, un étonnant duo entre le chanteur et le splendide cornet à bouquin de Doron Sherwin surprend et réjouit ! Plus loin, c’est un nouveau duo entre le cornet et le violon de Kinga Ujszaszi. Philippe Jaroussky n’est certes pas en reste. La beauté du timbre, l’agilité vocale et surtout la belle expression des affects caractérisent ses incarnations. Car il incarne vraiment les personnages de chacun de ses airs. Ainsi dans « Yo soy la locura » (Je suis la folie), d’Henry de Bailly, il agite frénétiquement un éventail… Tout au long de la soirée s’expriment les sentiments les plus divers. Soutenu avec attention par l’ensemble, le chanteur passe avec souplesse de la douceur raffinée à la colère ou à l’humour.

Philippe Jaroussky dans la pièce « Yo soy la locura » – Photo Classictoulouse –

Après un bel intermède du clavecin (excellent Dani Espasa) la série d’airs italiens met en scène de nouveaux « personnages ». Claudio Monteverdi (1567-1643) tient ici une place primordiale. Après « Si dolce è’l tormento » une émotion intense émane de l’air « Oblivion soave », extrait de l’opéra L’incoronazione de Poppea. Un air réjouissant de Luigi Rossi (1597-1653) provoque une dispute d‘un comique irrésistible, une véritable « battle » entre le chanteur et le cornet à bouquin. Lequel s’égare à déclamer l’anachronique Marche Turque d’un certain Mozart…

L’animation musicale se manifeste également dans les pièces instrumentales. Dans le Canario de Lorenzo Allegri (1567 – 1648), battre des mains de la part des musiciens mais aussi du public constitue un soutien du rythme, alors que la danse devient obsessionnelle dans la Ciaccona de Maurizio Cazzati (1616-1677).

Le programme se conclut sur un véritable « tube », le fameux « Music for a while » du Britannique Henry Purcell (1659-1695), ici comme revisité par l’ensemble des interprètes.

L’ensemble des artistes au salut – Photo Classictoulouse –

L’accueil enthousiaste du public appelle deux bis qui prolongent la soirée et renversent la table ! Rien moins que « Besame mucho », de Dalida et « Déshabillez-moi », de Juliette Gréco, sont passés à la moulinette du chant et du jeu instrumental baroques. Philippe Jaroussky entame un duo avec la violiste de l’ensemble Lixania Fernandez et va même jusqu’à simuler un début ce strip-tease ! Il faut avoir vécu cela une fois dans sa vie.

Comme le reconnaît lui-même Philippe Jaroussky, ce concert a véritablement été « baroque » dans tous les sens du terme !

Serge Chauzy

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