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Les musiques des cimes

Le Chœur de Chambre Les éléments dirigé par Joël Suhubiette - Photo Classictoulouse -

Dans le cadre des Quartiers d’Été du festival Toulouse les Orgues 2024, le Chœur de Chambre Les éléments présentait, le 7 août dernier à l’église du Gésu, son programme « Au-delà des cimes ». Sous la direction de son fondateur Joël Suhubiette, les chanteurs de ce célèbre et très bel ensemble vocal sont rejoints, ce soir-là, par Yves Rechsteiner, le Directeur artistiques du festival, présent aussi bien à la tribune du grand orgue Cavaillé-Coll du Gésu qu’au clavier de l’harmonium.

Joël Suhubiette présente le programme, originalement conçu pour chœur a cappella, « enrichi » ce soir-là par la participation de l’orgue et de l’harmonium. Très originalement imaginé, ce programme réunit des œuvres qui couvrent une période incroyablement étendue, du Moyen Âge à nos jours. Comme l’indique la présentation du concert, le fil rouge de cette succession passionnante n’est autre que la chaîne des Pyrénées, « frontière, refuge, passage… où peuples, cultures, traditions et langues se côtoient… ».

Joël Suhubiette présentant le concert - Photo Classictoulouse -
Joël Suhubiette présentant le concert – Photo Classsictoulouse –

Joué par Yves Rechsteiner sur le bel orgue Cavaillé-Coll, la solennité du Tiento de sexto tono de Manuel Rodrigues Coelho (1555-1635) ouvre la soirée avec faste. La première pièce vocale a cappella, le Kyrie de José de Cáseda y Villamayor (1660-1725) vient rappeler les grandes qualités de ce chœur d’une vingtaine de chanteurs. Précision, justesse, perfection technique s’accompagnent d’un parfait équilibre des différents registres, de la richesse des timbres combinés et d’un sens aigu de la prosodie. On constate que le dispositif des conques acoustiques utilisé ici apporte une plus-value indéniable à la diffusion des sonorités et à leurs combinaisons.

Une belle séquence de pièces dues à Melchor Robledo (1510-1586), actif à Saragosse, fait alterner partitions vocales et improvisations à l’orgue. La succession subtile des tonalités confère une belle vitalité à cette section imprégnée des riches accents de la Renaissance.

Un premier contraste naît d’une belle harmonisation d’un chant traditionnel basque (les Pyrénées toujours bien présentes !) Birjina gaztetto bat zegoen (Le message de Gabriel) toujours chanté a cappella. Il précède une autre pièce a cappella signée cette fois d’un compositeur actif à Toulouse dans les années 1565-1585, Guillaume Boni. Adesto Dolori meo bénéficie là d’une interprétation d’une qualité absolue. Mais un sommet d’émotion est atteint avec une partition du compositeur Pascal Caumont (né en 1967) sur un texte du grand spécialiste du catharisme René Nelli, Montségur 1944. Ecrite pour un chœur d’hommes, cette pièce d’une intense force expressive évoque la tragédie attachée à l’histoire de ce mouvement religieux.

Cécile Dibon-Lafarge, soprano solo – Photo Classictoulouse –

Gabriel Fauré, avec son Ave Verum – Tanto ergo qui suit, apaise la tension. Chantée par un chœur féminin et accompagnée par l’harmonium tenu par Yves Rechsteiner, cette pièce célèbre avec finesse le centenaire de la disparition du compositeur appaméen.

Yves Rechsteiner à l’harmonium – Photo Classictoulouse –

La dernière séquence de la soirée réalise une véritable performance vocale et expressive. Les trois partitions qui la composent s’accompagnent d’une spatialisation particulière. Les chanteurs se distribuent dans tout l’espace de l’église, créant ainsi une série d’effets sonores étonnants. O Virgo splendens – Mariam Matrem, extrait du Livre Vermeil de Montserrat (XIVème siècle) bénéficie de l’intervention soliste d’une perfection touchante de la soprano Cécile Dibon-Lafarge, membre éminent du Chœur.

Cette partition emblématique est encadrée de deux pièces contemporaines d’une particulière intensité. L’Encis, extrait d’une légende catalane est l’objet d’une commande du Chœur de Chambre Les éléments auprès du compositeur barcelonais né en 1988, Joan Magrané Figuera. La dernière pièce, signée du Britannique Joby Talbot, né en 1971, illustre un texte multilingue de Robert Dickinson (1962) et réclame là aussi l’intervention de plusieurs voix solistes, parfaitement assumées par les membres du Chœur. Intitulée Roncesvalles (autrement dit Roncevaux) elle évoque le chemin de Saint-Jacques de Compostelle et mêle chant et cris dans une écriture d’une exigence impressionnante pour les interprètes.

Le succès est tel que les interprètes offrent en bis une reprise du chant traditionnel basque dont la mélodie reste longtemps dans les mémoires…

Saluons la belle performance de ce Chœur de Chambre et de son Directeur artistique, Joël Suhubiette, dont la notoriété ne cesse de s’étendre.

Serge Chauzy

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