Pour sa deuxième invitation sur la scène de l’Opéra national du Capitole ( il est venu une première fois le 21 juillet 2021), le contre-ténor polonais Jakub Józef Orliński a inscrit l’auguste salle dans sa tournée européenne, incluant dans son programme, en ce 23 avril 2026, la quasi-totalité des plages constituant son dernier album (if music…), l’enrichissant de mélodies de son pays natal signées des compositeurs polonais Tadeusz Baird (1928-1981) et Mieczysław Karłowicz (1876-1909), ce dernier, emporté à l’âge de 32 ans par une avalanche meurtrière alors qu’il faisait du ski nous laisse une œuvre qui annonçait une immense carrière. Au programme donc des arias extraites d’ouvrages célèbres signés Georg Friedrich Haendel : Agrippina, Rodelinda, Rinaldo et Partenope, d’autres d’Henry Purcell extraites d’œuvres peu connues Pausanias, Bonduca, ou célébrissime comme King Arthur, tout un programme que cet artiste connaît à présent parfaitement et qu’il interprète sans le secours d’une partition. Ecrire que ce tout jeune trentenaire séduit, à tous les sens du terme, le public, tient du plus doux euphémisme. Applaudi à tout rompre tout le long de la soirée, il nous offre une spectaculaire voix de contre-ténor alto au timbre d’un velours envoûtant, aux graves abyssaux, aux aigus taillés au diamant et à la projection d’une puissance rare dans cette tessiture, d’habitude plus confidentielle. Musicien précieux, il sait donner de multiples couleurs à sa voix, soutenir des phrasés inépuisables de longueur, lier les registres à la perfection, maîtriser les dynamiques au travers de messa di voce superbes et de diminuendo renversants, sans oublier la richesse de ses ornementations, des trilles vertigineux, des vocalises himalayennes. Tout cela est déjà de l’ordre de l’exceptionnel, vous en conviendrez. Mais avec Jakub Józef Orliński, ce n’est jamais tout ! En effet, ce chanteur est bien plus… qu’un chanteur. Il est l’incarnation même d’un artiste sachant communier viscéralement avec le public (exercice périlleux !!!), lui confiant ses émotions et donner un corps et une âme à chacun des personnages qu’il interprète.

Tout comme dans son dernier album, il est accompagné ce soir par le pianiste polonais Michał Biel, lui aussi un artiste au talent incroyable, dont celui de se fondre avec une complicité permanente dans les mille pyrotechnies et autres affects du contre-ténor. Standing ovation aidant, trois bis nous sont offerts, deux signés Purcell (Music for a while, Strike the Viol) et un de Haendel, le célébrissime Verdi prati, l’aria de Ruggiero extrait d’Alcina. Un pas de break dance, dont l’artiste est un virtuose, achève de renverser un public du Capitole qui avait rempli le moindre recoin de la salle et qui n’est pas prêt d’oublier ce mémorable, magique et magistral récital.
Robert Pénavayre
Photos : Warner Music Group
