A la fin du premier tome de la biographie de Levina Teerlinck, nous avons laissé cette artiste-peintre dans sa trente huitième année, le jeudi 17 novembre 1558, alors que la Reine Marie 1ère rend son dernier soupir. C’est sa cadette, Elizabeth 1ère, fille d’Henry VIII et d’Anne Boleyn, qui va lui succéder et régner de 1558 à 1603.
Levina Teerlinck continue de travailler pour la Cour, titulaire d’une pension royale annuelle confortable. Mariée, elle va avoir un fils : Marcus. Le couple fait construire un manoir non loin de Londres. Ce lieu est souvent visité par des personnalités souhaitant se faire peindre ainsi qu’échanger avec l’artiste sur les rumeurs bruissant autour de la Reine et de son favori, Robert Dudley. Mais au-delà de ces commandes privées, Lady Teerlinck doit répondre à des missions plus officielles auprès des plus grands personnages de l’Europe d’alors. Et c’est ce qu’il y a de plus passionnant dans cette biographie à peine romancée de Levina Teerlinck que cette conjugaison permanente entre la Grande Histoire et l’activité de cette artiste. D’autant que ce récit est soutenu par de nombreuses reproductions de tableaux qui lui sont attribués représentant les souverains et les puissants de cette seconde moitié du 16ème siècle. C’est aussi tout un pan du règne de la Reine vierge qui nous est conté avec une foultitude de détails traçant l’image d’un monde où, déjà, les volontés hégémoniques étaient présentes jusque dans les mariages entre enfants, hypothétiques héritiers de tel ou tel royaume.

Cela étant, Yann Quero est clair sur un sujet précis. Si les éléments contenus dans cette biographie sont, pour la plupart, exacts, le reste est vraisemblable même si tout n’est pas attesté. Et d’ajouter dans l’épilogue que des articles scientifiques sont en préparation, notamment pour défendre l’un des arguments centraux de son livre : l’identification de Levina Teerlinck comme étant le peintre jusqu’à ce jour « inconnu » appelé le « Maître de la Comtesse de Warwick », sous cette appellation nobiliaire se cache Anne Russell (1548-1604), qui fut Dame de la Chambre privée de la Reine Elizabeth 1ère et qui devint Comtesse de Warwick en épousant Ambrose Dudley, frère ainé du favori de la Reine. C’est elle qui est à l’origine de l’expression « Maître de la Comtesse de Warwick ».
Si l’Histoire n’a pas encore révélé tous ses secrets, le présent opus de Yann Quero se lit avec une gourmandise constante car, en plus de tout, l’auteur nous parle d’une époque dans laquelle le pragmatisme le plus brutal côtoyait les superstitions les plus incroyables, notamment concernant l’astrologie. C’est ainsi que l’on croise l’astronome Thomas Digges, qui aurait fabriqué la première lunette astronomique, tout comme le pirate Thomas Brooke ! L’Histoire de France n’est évidemment jamais très loin de tous ces événements politiques ou autres au travers desquels Levina Teerlinck nous sert de guide.
Robert Pénavayre
« Levina Teerlinck – Femme peintre des Tudor – Maître de la Comtesse de Warwick – Tome 2 » Yann Quero – Editions Arkuiris – 489 pages – 27€
