Festivals | Opéra

Un opéra délicieusement gouleyant

Huw Ynyr (Nemorino) - Festival de La Vézère 2023

Changement radical d’ambiance dans La Grange du Château du Saillant. Après le sombre drame hugolien de la veille (Rigoletto), place en ce samedi soir 5 août 2023 à la comédie avec cet Elisir d’amore donizettien.

C’est sur une pelouse verte que les affres amoureuses de ce pauvre Nemorino vont nous être contées, dans la mise en scène affûtée de Wayne Morris et sous la direction et le piano virevoltant de Bryan Evans, toujours aux aguets de la moindre ritournelle italianissime comme du plus bel élan bel cantiste. Encore une fois la magie opère et nous nous retrouvons en empathie totale avec ce nigaud de paysan croyant aux élixirs miraculeux.  Il faut dire que tout le monde y met du sien.  De la Giannetta charmeuse de Gabriella Cassidy (elle était Gilda la veille ici même) à l’Adina trop fière pour être amoureuse de ce benêt de Nemorino de Tereza Gevorgyan, soprano arménienne au métal typique d’Europe centrale mais ici mené avec gourmandise dans les méandres les plus subtils du bel canto, le plateau recueille un triomphe largement mérité. Le Nemorino de Huw Ynyr fait valoir des qualités indiscutables dans ce rôle : sincérité de jeu, éloquence du phrasé, musicalité aussi, il nous embarque dans ses émois amoureux de manière irrésistible.

Tereza Gevorgyan (Adina) et Jean-Kristof Bouton (Belcore) – Festival de la Vézère 2023

Et pourtant, face à lui, deux clés de fa redoutables ne s’en laissent pas compter. Le baryton Jean-Kristof Bouton (Ceprano dans Rigoletto la veille in loco) ne fait qu’une bouchée de Belcore, son organe puissant et généreux traduisant avec emphase la suffisance du sergent un brin bas du plafond. Ce qui ne l’empêche pas tout de même de phraser avec élégance son air d’entrée : Come paride vezzoso. Quant à Matthew Hargreaves, il impose un Dulcamara charlatan jusqu’au bout des doigts, mais dominant avec virtuosité le chant syllabique. Bryan Evans insuffle à cette partition un rythme littéralement effréné propre à faire naître de nombreux sourires sur le visage d’un public sous le charme.

Une nouvelle réussite indéniable de cette troupe dont on ne soulignera jamais assez le professionnalisme et la rigueur musicale. A l’année prochaine !

Robert Pénavayre

Crédit : 28mmphotos

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