Festivals

Saudade franco-norvégienne

Le 6 mai 2009, Musika Toulouse créait l’événement. Un nouveau programme d’échanges culturels et économiques franco-norvégien voyait le jour à l’image du festival norvégien « Nordik summer nights ». Le flûtiste norvégien Andreas Sønning, fondateur et animateur de ce festival, trouvait en Pierre Bleuse, premier violon de l’Orchestre de Chambre de Toulouse, un interlocuteur passionné et motivé. Les deux directeurs artistiques de Musika Toulouse jetaient alors les bases d’un festival de rencontres entre artistes et responsables économiques de Norvège et de la région Midi-Pyrénées.

Le 3 mai dernier s’ouvre ainsi la première édition de ce festival qui doit présenter jusqu’au 7 mai une série de manifestations musicales aussi ouvertes que possible et qui entend mêler les influences les plus diverses, évitant ainsi toute spécialisation de répertoire.

Les musiciens français, norvégiens et brésiliens lors du concert du 4 mai 2010

A la suite des allocutions de bienvenue du président de l’association Musika Toulouse, Jean-Jacques Germain, de Jean-Christophe Sellin, délégué aux musiques représentant Pierre Cohen maire de Toulouse et de S.E.M. Tarald O. Brautaset, ambassadeur de Norvège en France, débute une manifestation que l’on ne pouvait rêver plus ouverte. Plutôt que de limiter le programme musical aux productions des deux pays coorganisateurs, cette soirée du 3 mai choisit de rendre un hommage fraternel au Brésil, pays emblématique du métissage et de la mixité, ceci sous le bienveillant parrainage posthume de Claude Nougaro.

Musiciens français, norvégiens et bien sûr brésiliens communient alors dans un programme aussi populaire qu’érudit, associant harmonieusement, sans hiatus, des compositions d’hier et d’aujourd’hui. Du côté de la tradition classique brésilienne, Heitor Villa-Lobos tient, au cours de la soirée, la place qui est la sienne, la première.

La chanteuse brésilienne Rany Boechat
 
La plus célèbre des Bacchianas Brasileiras, la 5ème, bénéficie du grand talent de la belle Carioca, Rany Boechat. Voix de velours, silhouette de madone, la cantatrice investit la tendre et si touchante mélopée avec poésie et conviction. En particulier, elle délivre avec une étonnante facilité le si délicat épisode à bouche fermée. Dans le « Prelúdio (Modinha) » de la 1ère Bacchiana, l’octuor de violoncelles fait des merveilles. Emmené avec passion et sensibilité par Gautier Capuçon, l’ensemble de ces musiciens génère l’émotion qui imprègne toute cette pièce admirable.

Gautier Capuçon, associé à l’excellent guitariste Rémi Jousselme, révèle également un grand compositeur brésilien du XXème siècle, Radamés Gnattali, dont la sonate pour violoncelle et guitare en dit long sur la qualité de sa musique.

Rany Boechat excelle avec la même conviction dans la Bossa Nova des années soixante dont elle distille les grands « hits » avec un naturel, une justesse et cette « saudade » incontournable qui nourrit toute cette éblouissante littérature. De « Desafinado » à « Samba de uma nota só » en passant par « Ela é Carioca », la plus chaleureuse des nostalgies est au rendez-vous.

Un grand bravo à la section rythmique composée de la percussion d’Eraldo Miranda Gomes, de la basse de Darcy Miranda Gomes et de la guitare de Philippe Dufour, mais aussi au très habile et poétique percussionniste-marionnettiste Kjell Tore Innervik. Enfin on ne peut oublier de citer les violoncellistes Aage Kvalbein, Hélène Linden Pons, Thomas Duran, Joëlle Martinez, Mathurin Matharel, Streinuun Arnbjörg Stefándóttir et Damien Ventula qui, avec Gautier Capuçon, accompagnent tous les subtils arrangements musicaux de cette belle soirée.

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