Festivals

Piano survolté

Natif de Tbilissi, en Géorgie, et résidant à Boston où il enseigne au New England Conservatory, Alexander Korsantia impressionne par sa force de frappe sans limite. Invité de Piano aux Jacobins, le 21 septembre dernier, ce vigoureux pianiste abordait deux des plus grands compositeurs de l’histoire pour son instrument, Beethoven et Rachmaninoff.
Le toucher d’Alexander Korsantia possède cette remarquable qualité de clarté, de transparence qui permet à chaque voix de rester parfaitement lisible, quelle que soit la nuance. Et Dieu sait à quel point il élargit la palette de ces nuances. C’est pourtant ce qui affecte son approche du monde de Beethoven. Les fortissimi et les pianissimi se taillent ici la part du lion. Ainsi, dès les premières mesures des Quinze variations et fugue dites « Variations Eroica », on sursaute sur les premiers accords staccato qui suivent l’exposition « col basso del tema ». La succession des variations surprend par les contrastes foudroyants que ménage l’interprète. Certes, il n’est pas interdit d’aimer Beethoven ainsi bousculé, mais entre les extrêmes dynamiques, qui il est vrai confèrent un relief saisissant à cette belle partition, il reste peu de place pour les nuances intermédiaires qui pourtant nourrissent l’essentiel de cette musique, qui n’est pas seulement frénétique.

Le pianiste d’origine géorgienne Alexander Korsantia lors de son récital du

21 septembre 2011 (Photo Jean-Claude Meauxsoone)

Dans la sonate n° 4 en mi bémol majeur, du jeune Beethoven, un peu de douceur s’immisce enfin dans les déchaînements sonores. A l’Allegro molto initial, certes très vigoureux, violent par endroit, succède un Largo profondément déprimé. Avec les deux derniers mouvements apparaît enfin ce chant si nécessaire, si profondément présent dans cette littérature pianistique.

La deuxième partie du concert, consacrée à Rachmaninoff et à ses trop rares Variations sur un thème de Chopin, révèle finalement la véritable nature d’un artiste attachant. Constituée de broderies autour du thème, plutôt que de véritables variations au sens classique du terme, cette grande partition méritait un autre sort que celui que lui a réservé la postérité. Dans cette succession de courts épisodes très différenciés, Alexander Korsantia trace un chemin d’une grande cohérence. Il sait ici à merveille modeler son toucher, toujours d’une belle transparence et d’une vigueur constante, évoquant ici ou là les effusions si profondément présentes dans le concerto n° 2 que ces Variations suivent de près dans la production de Rachmaninoff.

Deux bis à la fois profonds et recueillis, deux pièces de Johann Sebastian Bach, apportent la paix bienvenue après les fureurs qui enflamment ce qui précède. La transcription signée Egon Petri de l’aria pour soprano, Schafe können sicher weiden, (Les brebis peuvent paître en sécurité) extrait de la cantate BWV 208, et celle, fameuse, de Myra Hess pour l’immortel Jesus bleibet meine Freude (Jésus que ma joie demeure) choral de la cantate BWV147.

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