Festivals

Le piano poète

Révélé à Toulouse, sa ville de naissance, lors du festival Toulouse d’Eté 2009, Adam Laloum était, le 22 septembre dernier, l’invité de Piano aux Jacobins. Alors que sa victoire, en septembre 2009, au prestigieux concours Clara Haskil de Vevey lui conférait la notoriété à laquelle il peut justement prétendre, le jeune pianiste affirme à chacune de ses apparitions l’authenticité et la progression de son talent.

Pianiste sensible et profond musicien, Adam Laloum ne se contente pas d’exhiber d’indéniables qualités techniques. Celles-ci ne l’entraînent ainsi jamais vers la démonstration virtuose pour elle-même. Elles lui ouvrent simplement la voie de la communication vers l’auditeur. L’allure frêle et timide de ce jeune homme de vingt-trois ans se transfigure dès qu’il pose ses mains sur le clavier. La très riche palette de couleurs et de nuances dont il pare son jeu s’intègre dans les choix interprétatifs originaux qu’il défend avec une intense conviction.

Le jeune pianiste toulousain Adam Laloum lors de son récital du 22 septembre 2010

de la
31ème édition de Piano aux
Jacobins (Photo Classictoulouse)

Le programme de son récital toulousain, qui associe Mozart, Brahms et Schubert, témoigne de la maturité de son accomplissement. La sonate en fa majeur K 332 de Mozart, qui introduit la soirée, s’ouvre sur une phrase touchante à laquelle l’interprète confère la grâce d’un sourire. L’apparente légèreté du propos cache, comme presque toujours chez le Mozart de la maturité, un arrière-plan de doute. L’Adagio prend ainsi par instants l’allure d’un chant plaintif, alors que l’Allegro assai final laisse émerger, de l’écume étincelante de ses débordements digitaux, une certaine inquiétude. Adam Laloum excelle à révéler ces subtilités enfouies.

Si les Klavierstücke op. 76 de Brahms, avec lesquels se poursuit le récital, offrent un contraste stylistique saisissant, ils n’en évoquent pas moins une atmosphère ambigüe proche de celle de la sonate de Mozart. Le pianiste domine parfaitement cette large houle brahmsienne qui donne sa respiration à cette succession de « Capriccii » et d’« Intermezzi ». De l’angoisse profonde qui imprègne la première pièce à la passion fébrile déployée par la dernière, Adam Laloum traduit avec sensibilité la poésie émouvante de ces confidences musicales.

Il aborde enfin la sublime Sonate « Fantaisie » D 894 de Schubert avec le toucher retenu qui convient à cet épanchement de l’âme. Le Molto moderato e cantabile initial constitue un monde en soi, complexe, riche, que l’interprète s’approprie avec un naturel confondant, comme on parle une langue maternelle. Il en souligne avec finesse les contrastes de rythme et de nuance ainsi que les modulations majeur-mineur qui éclairent ou ombrent le paysage. L’émotion est au cœur du propos. L’Andante s’écoute comme un lied, le Menuetto s’échappe dans une sorte de vertige de la danse qui se prolonge, d’une autre manière, dans le final Allegretto, parsemé de ces mélodies spontanées et célestes que seul Schubert sait inventer.

Trois bis sont réclamés au jeune interprète par un public particulièrement attentif et séduit. Le recueillement du premier des Intermezzi op. 117 de Brahms, puis la fantaisie de deux des Davidsbündlertänze de Schumann concluent en beauté cette soirée remarquable.

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