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Le cor au menu

La série des « déjeuners d’orgue », organisée par le festival « Toulouse les Orgues », convoquait à l’église du Gesu, précisément à l’heure du déjeuner, les amateurs curieux. Pour chacune de ces manifestations originales, une dégustation des produits du terroir suivait un petit concert apéritif. Pour son ultime manifestation, le 4 juin dernier, le festival toulousain associait le cor à l’instrument-roi. Ou plutôt LES cors, puisque ce bel instrument, qui a passablement évolué au cours des siècles, était joué par Gilles Rambach, professeur au Conservatoire de Toulouse et expert en matière d’instruments historiques.

Maïko Kato et Gilles Rambach, orgue et cor
(© Jean Lesouple)

La jeune organiste japonaise Maïko Kato est ce jour-là à la console du bel orgue Cavaillé-Coll de l’église du Gesu. Un instrument dont les caractéristiques particulières et les limitations sont clairement exposées par Willem Jansen en introduction. La période du 19ème siècle qu’explore le programme du concert amène Gilles Rambach à pratiquer deux types d’instruments : le cor naturel et le cor à piston. Le premier, le plus ancien, utilisé des origines jusqu’à la fin du 19ème siècle, ne comporte aucun mécanisme permettant le chromatisme. Les sons émis sont en fait les seules harmoniques du son « fondamental » de l’instrument, harmoniques que l’on peut modifier en bouchant ou débouchant le pavillon avec la main. Le second, apparu au début du 19ème siècle, comporte ce système astucieux d’interrupteurs (les pistons) qui permet de modifier instantanément la longueur du tube et donc d’accéder au chromatisme. Les deux types de cor ayant longtemps coexisté, Gilles Rambach aborde le programme utilisant alternativement les deux instruments, en fonction de la préférence avérée du compositeur.

Dans la très martiale 3ème Mélodie de Gounod ainsi que dans le nostalgique Andante de Vincent d’Indy, qui ouvrent le concert, la sonorité ample et généreuse du cor à piston se mêle harmonieusement à la riche registration de l’orgue. La combinaison des sons bouchés et des pistons produit d’étranges modulations de la sonorité qui agissent un peu à la manière des jeux de l’orgue. Le cor naturel est dévolu aux savoureuses transcriptions, signées Jacques François Gallay virtuose du cor au 19ème siècle, des airs fameux de Donizetti (la Furtiva lagrima) et Schubert (la non moins célèbre Truite). Cor et orgue se partagent la partie chantée. Dans la Romance de Saint-Saëns, l’alternance des sons bouchés et débouchés crée paradoxalement une sorte de mélodie de timbres qui sera l’apanage d’un Webern (ô combien éloigné du compositeur de la Danse macabre) ! Quant à la Fantaisie sur des thèmes d’opéra de Rossini, pièce justement dédiée à Gallay, elle met en valeur la belle virtuosité de l’interprète.

Deux pièces pour orgue seul rendent hommage à cet attachant répertoire romantique longtemps négligé. Dans l’émouvante Prière à Notre-Dame de Léon Boëllman, Maïko Kato suscite de bien séduisantes couleurs pastel et douces, comme celles d’une berceuse. Très différente, la pièce de Lefébure-Wély, Elévation ou communion, introduit cet aspect plus populaire, quelque peu « gavroche », qui caractérise le style de ce compositeur hors norme.

Maïko Kato et Gilles Rambach conjuguent avec finesse leurs talents de musiciens.

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