Festivals

La jeune garde

Consacrée aux jeunes talents, la dernière semaine du festival toulousain a accueilli deux artistes aux personnalités attachantes et fortes.
Musique et image
Alors qu’il n’a pas encore fêté ses vingt ans, Jean-Frédéric Neuburger, possède déjà un enviable « background » truffé de nombreux prix internationaux. Il était donc à Toulouse le 27 septembre dernier, dans la très originale série des tableaux concerts organisée par Piano aux Jacobins au Musée Les Abattoirs. Le programme choisi faisait écho au tableau de Karel Appel datant de 1953, « Boy in the street ».
Les plages éclatantes de couleurs de cette toile un rien provocante ont trouvé leur résonance exacte dans la pièce qui concluait le concert, « Winsboro Cotton Mill Blues » (1979) du compositeur américain Frederic Rzewski. Parfaitement à l’aise dans la richesse rythmique et les fulgurances d’une partition opposant mélodies sudistes et clusters spectraux, Jean-Frédéric Neuburger domine cet éblouissant déploiement sonore de la tête et des épaules.
Le « Caprice sur le départ de son frère bien-aimé » de Bach ouvrait le concert sur cette étonnante anticipation de la sonate « Les Adieux » de Beethoven. Suivi de l’angoissant Prélude et fugue op. 87, de Chostakovitch, il témoigne du toucher lumineux et de la grande maîtrise de l’interprète.
Prenant au sérieux et avec raison les trois préludes de Gershwin, Jean-Frédéric Neuburger nous plonge ensuite dans l’univers fantastique du « Gaspard de la Nuit » de Ravel. Une partition géniale, hérissée de redoutable difficultés, que le pianiste défend avec une énergie éblouissante : irrésistible crescendo d’Ondine, emportement impitoyable de Scarbo, tranchant comme une lame !
Deux bis concluent la soirée : l’Etude Révolutionnaire de Chopin, et le Tango d’Albeniz.
 

Le tableau « Boy in the street », de Karel Appel, exposé au musée Les Abattoirs.

Une pianiste en liberté
La pianiste vénézuelienne Gabriela Montero développe, le 28 septembre, un domaine musical rare en musique classique, celui de l’improvisation. Passionnée, imaginative, celle que Martha Argerich considère comme « une artiste unique », possède en effet une personnalité foisonnante.
Deux œuvres « écrites » constituent le noyau de son récital toulousain. Le Carnaval op. 9, du jeune Schumann, convient parfaitement à son tempérament énergique qui s’incarne avec vigueur dans le personnage du bouillant Florestan qu’elle bouscule parfois, sans négliger pour autant celui du tendre Eusebius.
La sonate n° 2, de Rachmaninov, fournit à Gabriela Montero un matériau virtuose, sonore et éblouissant qu’elle embrase avec ferveur grâce à ses doigts d’acier qu’elle sait opportunément gainer de velours.
Ses improvisations sur des thèmes variés, choisis pour la plupart par le public qu’elle réussit à faire chantonner, révèlent l’originalité de son talent. Depuis « Les Feuilles mortes » ou « La vie en rose », jusqu’à Carmen, qu’elle décline dans le style de Bach ou de Chopin, Gabriela Montero structure chaque improvisation comme une composition en temps réel. A coup sûr voici une personnalité à suivre.

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