Festivals

Frénésie musicale

L’originalité du festival Toulouse d’été réside dans l’harmonie entre interprètes confirmés et jeunes artistes prometteurs. Ce jeudi 16 juillet, le jeune chef français Maxime Pascal, vainqueur en 2014 du Concours des jeunes chefs d’orchestre de Salzbourg, était invité à diriger l’Orchestre national du Capitole dans un programme particulièrement éclectique. Outre la symphonie n° 8 du grand compositeur tchèque Antonín Dvořák et l’élégant « Tombeau de Couperin » de Maurice Ravel, le concerto pour cor et orchestre n° 3 de Mozart était joué en soliste par Jacques Deleplancque, le brillant cor solo de l’Orchestre national du Capitole.
Né en 1986 de parents musiciens, Maxime Pascal a débuté dès ses neuf ans l’apprentissage du piano puis du violon dans sa ville de Carcassonne, puis à Tarbes et à Bayonne. Il a ensuite étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans les classes d’écriture et d’érudition. Il s’est inscrit dans la classe de direction d’orchestre de François-Xavier Roth. Encore étudiant, il a fondé en 2008 l’orchestre Le Balcon (nommé d’après la pièce de Jean Genet), conjointement avec les compositeurs Pedro Garcia-Velasquez, Juan-Pablo Carreño et Mathieu Costecalde, le pianiste chef de chant Alphonse Cemin et l’ingénieur du son Florent Derex. Cet ensemble orchestral à géométrie variable est particulièrement concerné par le répertoire contemporain. En mars 2014, il fut donc le premier Français à remporter le « Nestlé and Salzburg Festival Young Conductors Award », concours de jeunes chefs d’orchestre déjà très en vue. Il est depuis très demandé par de nombreux grands orchestres.

Jacques Deleplancque, soliste du concerto n° 3 pour cor et orchestre de Mozart.

L’orchestre est dirigé par Maxime Pascal – Photo Classictoulouse –

L’allure d’un adolescent, la spontanéité d’un passionné, ce jeune chef ne recule devant aucune démonstration gestuelle pour communiquer son enthousiasme aux musiciens qu’il dirige. Pas de baguette, une débauche de mouvements des bras qui évoque une chorégraphie élaborée, Maxime Pascal dirige de tout son corps. Il semble par instant boxer contre (ou avec) son orchestre.

Avec le raffinement subtil de la suite orchestrale Le Tombeau de Couperin, de Maurice Ravel, le jeune chef modère son excitation et insuffle néanmoins une belle énergie musicale aux quatre volets de cette suite raffinée, hommage non seulement à Couperin mais à la musique française du XVIIIème siècle dans son ensemble. Un Prélude vif et nerveux donne le ton de cette interprétation « en relief », pleine de contrastes dynamiques et rythmiques. Les vents s’en donnent à cœur joie. On admire la souplesse ductile du hautbois, l’éclat rutilant des cuivres, parfois à la limite de la saturation. Le Rigaudon final s’avère d’une énergie souriante et solaire. De la grande et belle musique.

Le concerto pour cor et orchestre n° 3, en mi bémol majeur, de Mozart offre au soliste l’opportunité de briller sur un plan aussi bien instrumental que purement musical. Il se distingue des trois autres concertos pour cor de Mozart, en ce sens qu’il n’est pas dédié à son ami Leutgeb, corniste virtuose et… marchand de fromage, affectueusement raillé par le compositeur. Jacques Deleplancque, cor solo de la phalange toulousaine, en exalte la richesse de l’écriture, l’incroyable multiplication de modulations inattendues. Le chromatisme est exploité avec finesse dans l’Allegro initial, bardé de sa cadence pleine de charme. L’audace harmonique de la Romanza, la danse animée de l’Allegro final donnent lieu à de brillants échanges entre le soliste, à la fois virtuose et attentif aux nuances les plus subtiles, et le tutti qui le soutient avec verve et esprit musical. Une ovation fournie du public accueille cette belle performance.

Maxime Pascal félicitant Blagoja Dimcevski, premier violon de l’ONCT, à l’issue du concert

– Photo Classictoulouse –

La seconde partie de la soirée est consacrée à la symphonie n° 8, en sol majeur, d’Antonín Dvořák. Créée en 1890 à Prague, cette partition brillante reflète « l’émerveillement de l’Homme devant la Création ». L’alternance fréquente des tonalités majeures et mineures lui confère un caractère richement harmonique et particulièrement dynamique. De dynamisme, le chef n’en manque certes pas ! Après la belle introduction, retenue et poétique, le thème pastoral de la flûte signe le départ crescendo vers les cimes épiques de l’Allegro con brio. Maxime Pascal s’adresse avec véhémence à chaque pupitre, dans une excitation sans limite. L’orchestre répond fidèlement à ses sollicitations. Dans l’Adagio, la flûte revient encore avec poésie au premier plan. Le chef confère à l’épisode central un caractère particulièrement dramatique. La grâce chantante du bien nommé Allegretto grazioso s’achève sur un rythme de danse dont la direction souligne encore l’énergie. Et c’est enfin le signal triomphant des trompettes qui ouvre l’épisode final Allegro ma non troppo. Peu à peu la fébrilité s’impose. Maxime Pascal explose les limites de la vitalité jusqu’à la bacchanale finale, chargée d’adrénaline. Acclamé par le public et soutenu par les musiciens, le jeune chef redescend sur terre, visiblement heureux de la prestation de l’orchestre dont il remercie chaque pupitre.

La soirée s’achève sur un hommage à trois musiciens qui vont cesser leur activité au sein de l’orchestre pour cause de retraite : le violon solo Blagoja Dimcevski, le corniste Daniel Daure et le trompettiste Jean-Paul Alirol. C’est à Thierry d’Argoubet, délégué général de l’orchestre, qu’incombe ce soir-là la tâche de remise des traditionnels bouquets de fleurs. Un grand merci à ces trois valeureux artisans de la réussite de l’orchestre !

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