A ce stade de sa carrière, Leon Fleisher n’a évidemment plus rien à prouver. Il reste l’immense artiste que le monde musical découvrait au milieu du siècle dernier. Sa venue pour l’ouverture de ce 30ème festival Piano aux Jacobins constitue, pour les organisateurs, pour les habitués, un gage d’amitié et pour cette commémoration un événement de première grandeur.

Le grand pianiste américain Leon Fleisher (Photo ImageForum)

Son récital du 3 septembre, dans ce mythique cloître des Jacobins plein comme un œuf, retrouvait le pianiste en pleine possession de ses deux mains. On sait que la maladie affectant sa main droite l’a obligé à se consacrer, pendant presque quatre décennies, au répertoire, assez limité tout de même, des pièces écrites pour la main gauche. Même s’il ne se considère pas comme guéri de cette « dystonie focale », la récupération partielle lui permet enfin de retrouver cette littérature qu’il avait si brillamment illustrée dans sa jeunesse et cette liberté de ton, ce naturel sans affectation, cette profonde musicalité qui lui appartiennent. Velouté des timbres, profonde densité du son, projection impressionnante caractérisent un jeu qui remplit l’auditoire d’émotion.

Le programme de son récital, habilement conçu, se déploie sur un socle consacré à Bach de toute éternité. Cette première partie balaie tout le spectre des modes expressifs du cantor. A l’extrait séraphique de la Cantate de la Chasse, ce choral transcrit par Egon Petri, comme irisé d’une lumière surnaturelle succèdent les alternances d’angoisse et de bonhomie de ce caprice composé par Bach « Sur le départ de son frère bien-aimé ». Leon Fleisher se lance ensuite avec une fougue et une énergie incroyables dans la « Fantaisie chromatique et fugue » dont il transcende la vision cosmique. C’est sur la profonde méditation de la Chaconne extraite de la Partita II pour violon seul, dans la formidable transcription pour la main gauche seule de Brahms que se conclut cet émouvant épisode.

La seconde partie établit des ponts évocateurs entre Debussy, Albéniz et Chopin. Entre « Le Vent dans la plaine » et « La Puerta del Vino », de Debussy, l’interprète délivre une impressionnante « Cathédrale engloutie » animée d’une houle angoissante et abyssale. Les deux pièces « Evocacion » et « El Puerto » du premier livre d’Iberia, d’Isaac Albéniz, prolongent les couleurs hispaniques de « La Puerto del Vino ». C’est avec Chopin qu’aurait pu s’achever la soirée. Après l’élégance de la Mazurka en do dièse mineur, et avant la fureur débridée du 3ème Scherzo, Leon Fleisher explore les méandres du génial Nocturne en ré bémol, tel un grand oiseau de nuit qui ouvre ses ailes.

Malgré la générosité d’un tel programme, et répondant ainsi à l’enthousiasme d’une assistance chaleureuse, Leon Fleicher offre encore un bis en forme de valse, signé Ravel. Dans l’attente du concert symphonique du surlendemain auquel il doit participer…

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