La Directrice du Ballet National du Capitole, renouvelée à la tête de la Compagnie, entame sa quatrième saison où entrées au répertoire et créations promettent des spectacles de choix, pour le plus grand bonheur d’un public de plus en plus nombreux.
Classic Toulouse– Bonjour Beate Vollack. La période d’essai est terminée, on recommence !
Beate Vollack – Oui j’ai été très heureuse de recevoir l’offre de continuer mon travail au Ballet. Car c’est vraiment maintenant que cela commence à pousser. Dans ces trois dernières années, je n’ai fait en réalité que le programme de deux saisons. Il y a trois ans quand je suis arrivée, la programmation été déjà faite. J’ai vraiment envie de continuer car le public ici est incroyable. Il est très curieux, on peut prendre des risques.

Beate Vollack – © Werner Kmetitsch
Risque que vous avez pris tout dernièrement avec Trois Cygnes.
Effectivement, et au début personne ne comprenait ce que je voulais faire. Mais c’était vraiment mon idée, mon rêve. De même pour Un saut dans le bleu de Carolyn Carlson. Carolyn Carlson n’est pas un risque, mais c’est une création, on ne sait pas ce que cela peut donner. Et pour tout ça, j’ai vraiment envie de continuer. Et avec les Trois Mousquetaires, maintenant.
Que nous sommes très curieux de découvrir.
C’est pour moi, un petit hommage à la région. Moi je l’ai dansé en gala, dans le rôle de Milady. C’était magnifique, mais j’ai revu la vidéo, et j’ai décidé de faire notre propre version. J’ai demandé à Benjamin Pech de faire la chorégraphie. Ancien danseur étoile de l’Opéra, il connaît le sujet, le style, et cela m’a semblé le bon choix.
On sent aussi que les danseurs ont adopté le style Béate.
Ah oui ? J’essaie chaque fois pour le public, mais aussi pour les danseurs d’ouvrir vers d’autres styles, d’autres façons de danser.
Ce que l’on peut remarquer aussi, c’est que s’il y a une certaine hiérarchie, les étoiles sont toujours présentes, mais vous donnez aussi l’opportunité à beaucoup de danseurs de danser en solo, en duo…
En effet, mais si je veux vraiment être honnête, cela vient des danseurs. Je suis la Directrice, je fais la programmation et après j’invite les chorégraphes. Ils font un « work shop », ils travaillent avec tous les danseurs, et ensuite ils choisissent leurs interprètes selon leur chorégraphie. Et si les danseurs correspondent à ce qu’ils recherchent, s’ils sont inspirés, ils sont distribués. Je n’ai jamais dit non à leur choix. Ainsi, l’année dernière, c’est Edward Clug qui a choisi les interprètes de son Don Juan. Il a choisi Alexandre ( De Oliveira Ferreira ) pour le premier cast, et l’étoile, Ramiro (Gómez Samón) pour le deuxième cast. Il était très inspiré par Alexandre, et moi je suis d’accord avec ça.
C’est un peu nouveau, car par le passé, le choix était souvent conjoint entre chorégraphe et directeur.
Oui, cela pouvait-être une politique. Mais pour reprendre un exemple, lorsque Jann Gallois est venue, elle a travaillé avec tout le groupe, et ensuite c’est elle qui a dit : je veux ces quatre danseurs. Il n’y avait pas d’étoiles, Philippe (Solano) est soliste, les autres sont sujets, mais s’il s’était agit de danseurs du corps de ballet, j’aurais dit oui aussi. Ceci est nouveau et donne plus d’opportunités au corps de ballet, pour monter dans la hiérarchie.

Incantation – Chor. Jann Galois – TIphaine Prévost – Solène Monnereau – Philippe Solano – Keber Rebello © David Herrero
Effectivement, si des danseurs sont distribués à plusieurs reprises par des chorégraphes différents, ils attirent forcément l’attention.
La Compagnie est encore composée de très jeunes danseurs. Mais tous ont leur chance. Il y a parfois des tensions parmi eux, certains estimant qu’ils sont moins distribués. En ce qui concerne le choix fait par les chorégraphes, c’est vrai qu’il n’y a pas un « work-shop » de deux semaines, c’est plutôt deux trois jours. C’est vrai, c’est court, mais nous avons peu de temps. J’ai demandé à Carolyn Carlson de prendre toute la Compagnie, car durant la production, que puis-je faire avec ceux qui n’auraient pas été choisis ? Nous ne sommes pas dans le cas des grandes compagnies comme l’Opéra de Paris ou le Royal Ballet, où les programmations sont mixtes et se succèdent, et si l’on ne danse pas dans l’une, on danse dans la suivante deux semaines après. Ici c’est tout à fait différent, il y a un programme, et les danseurs, après le cours, sont totalement plongés dans les chorégraphies du programme à venir. Et ils développent chaque jour leur interprétation. Ainsi pour « Incantation » de Jann Gallois, les danseurs, le soir de la dernière représentation pleuraient, tellement leur émotion était à son comble.
Ces Trois cygnes vont être repris et il faut que ce programme voyage, et parte en tournée.
On va le reprendre ! Pour ce spectacle j’étais très fière que José Martinez ( Directeur de la Danse de l’Opéra de Paris) et Eric Quilleré (Directeur de la Danse de l’Opéra de Bordeaux) aient accepté mon invitation. « Nous sommes curieux de voir ce que tu fais, en bas, à Toulouse », m’ont-ils dit !
Quant à la saison prochaine, elle nous réserve aussi de belles surprises !
J’ai choisi de rendre hommage aux grands maîtres, qui sont devenus des classiques comme Balanchine ou Hans van Manen. Et également de faire un spectacle pour enfants, leur raconter une histoire qu’ils connaissent, mais leur raconter en dansant.
Au vu des différents programmes de la saison prochaine, on constate que comme la saison dernière, au-delà de nouvelles entrées au répertoire, deux d’entre eux sont des créations pour le Ballet du Capitole. Peut-on considérer qu’il s’agit là de la signature de Beate Vollack pour sa direction du Ballet ?
Ah, peut-être (rires) !! Il faut dire que mes demandes ont toujours été accueillies avec beaucoup de bienveillance et d’encouragement de la part de notre Directeur Christophe Ghristi, ce dont je lui suis très reconnaissante.
Propos recueillis par Annie Rodriguez – Mars 2026
