Disques

Portrait d’un aristocrate de la musique

« Grand, beau, charmeur », c’est ainsi que Carlo Maria Giulini, comme un personnage de film de Visconti, fut souvent considéré. Né en 1914 à Barletta où interfèrent la chaleureuse faconde italienne et le sérieux germanique, le grand chef d’orchestre se retira de la scène publique avant sa disparition à Brescia, le 14 juin 2005. Son héritage discographique est à l’image de sa carrière : vaste, prestigieux et varié. Warner Classics puise dans le fonds de catalogue d’EMI et publie, à la veille du centenaire de sa naissance, un florilège de ses meilleurs enregistrements discographiques réalisés avec les plus grandes formations londoniennes.
A la tête du Philharmonia Orchestra, puis du New Philharmonia Orchestra (en fait la même phalange nommée différemment), ainsi que du London Symphony Orchestra, Carlo Maria Giulini balaie ici, en 17 CDs, presque trois siècles de musique, de Haydn à Britten, en passant par Beethoven, Rossini, Verdi, Schumann, Brahms, Dvorak, Tchaïkovski, Franck, Bizet, Moussorgski, Debussy, Ravel, Falla, Stravinski. Ces années londoniennes du grand chef italien se révèlent, à l’écoute, particulièrement fructueuses.

D’une manière générale, rigueur et poésie caractérisent une direction d’un hédonisme épanoui. Rigueur et souplesse. Le grand répertoire symphonique commence ici avec Haydn, et se poursuit avec Schubert et une très émouvante version de la symphonie Inachevée. De Beethoven, la Sixième symphonie, Pastorale, se révèle d’une absolue beauté, à côté d’une Neuvième jubilatoire. La version réorchestrée par Gustav Mahler de la Troisième symphonie Rhénane de Schumann mérite elle aussi le détour.

Dans la lignée du grand romantique germanique, Giulini prend toute la hauteur de sa vision faite de grandeur et de finesse avec les quatre symphonies de Brahms et les trois plus célèbres symphonies de Dvorak, les 7ème, 8ème et 9ème (Nouveau monde).

La musique française, qu’il aimait profondément, occupe également la place qui lui est due. De Franck (splendide Symphonie en ré mineur) à Debussy (La Mer, subtilement dirigée et une très poétique version du triptyque des Nocturnes avec le chœur féminin du Philharmonia) et Ravel, avec notamment la célèbre deuxième suite de Daphnis et Chloé, l’art du coloriste se manifeste avec un éclat lumineux tout particulier.

Il n’est certes pas possible de tout mentionner ici. Néanmoins signalons la présence de Victoria de Los Angeles, dans le ballet de Manuel de Falla L’Amour sorcier. L’Oiseau de feu, de Stravinsky et les très beaux Four Sea Interludes extraits de Peter Grimes, de Benjamin Britten, témoignent de l’éclectisme du chef italien. Et puis, bien sûr, la musique italienne est présente ici avec une série d’ouvertures signées Rossini et Verdi dans lesquelles Giulini brille tout particulièrement, mais, pourrait-on dire, en profondeur.

Le 17ème CD est consacré à une série d’entretien (en anglais) avec le maestro et quelques musiciens qui l’ont bien connu. Les intervenants commentent sa pratique particulière de la direction et son approche de la musique. Quelques extraits musicaux et lyriques accompagnent ces entretiens. Voici, sans aucun doute, une somme importante (pour un prix dérisoire), en forme d’héritage, d’un aristocrate qui plaçait la musique au-dessus de toutes les contingences quotidiennes.

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