Disques

Bach tel qu’en lui-même

Née en 1981 à Pampelune (Navarre, Espagne), Maitane Sebastián s’est installée en France dès l’âge de 9 ans pour étudier le violoncelle et suivre un cursus qui l’a conduite à adopter un parcours original et éclectique. Cette ouverture sur tous les répertoires est attestée par le programme qui lui a permis d’obtenir une mention très bien à l’Unanimité en cycle de Perfectionnement. Elle a en effet interprété à cette occasion la Symphonie Concertante de Prokofiev, la Sequenza XIV de Berio et des extraits des suites de Bach ! Aujourd’hui Professeure d’Enseignement Artistique titulaire, elle enseigne depuis plus de 15 ans le violoncelle, la musique de chambre et dirige l’Orchestre Symphonique du Conservatoire de la Baie de Somme.

C’est à l’intégrale des six Suites pour violoncelle seul de Johann Sebastian Bach qu’elle consacre son nouvel album. Cette œuvre phare du répertoire pour son instrument est devenue un passage obligé pour les violoncellistes qui trouvent là leur aboutissement ultime.

Maitane Sebastián aborde cet Himalaya musical avec détermination et engagement grâce notamment à la sonorité ample et richement timbrée qu’elle obtient de son instrument, ou plutôt de ses instruments.

Elle joue en effet les cinq premières suites sur une copie réalisée par Frédéric Chaudière d’un violoncelle attribué au célèbre Joseph Guarneri père. Pour la sixième Suite, écrite pour un instrument particulier à cinq cordes, probablement un violoncello piccolo plus proche de l’alto, Maitane Sebastián fait précisément appel à un violoncelle piccolo d’origine française du XVIIIème siècle. Ce soin du choix instrumental témoigne de sa volonté de s’approcher au plus près des origines de ce recueil.

Dès le Prélude de la première Suite, l’interprète n’oublie pas qu’il s’agit de musique de danse. Le rythme bien marqué, sans être appuyé, guide la succession des mouvements. Peu ou pas de vibrato, sinon comme ornementation légère, un choix de phrasés dans la liberté, une éloquence qui cherche à convaincre caractérisent le jeu « engagé » de la musicienne. Elle confère à chaque volet sa spécificité. Les Préludes introductifs se déroulent dans une liberté proche d’une improvisation. A la riche complexité des Allemandes succède la vivacité des Courantes auxquelles l’interprète insuffle une énergie rayonnante. La Sarabande de chaque suite représente un moment intense de méditation qui ne verse jamais dans un romantisme hors de propos. Le seul volet qui varie selon les Suites, tantôt Menuets (souvent chantants), tantôt Bourrées, tantôt Gavottes, emblèmes de danse, reçoit ici un traitement bien spécifique de chaque numéro. Enfin, chaque Gigue sonne comme une libération joyeuse. La sixième Suite, du fait de sa particularité instrumentale, éclaire le paysage d’une lumière éblouissante. Elle conclut ce cycle sur une Gigue gonflée de sève.

Une interprétation bien personnelle qui sort le 6 mars chez Paraty et qui mérite de figurer auprès des versions historiques (elles sont nombreuses !) de ce chef-d’œuvre intemporel.

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