Disques

Bach-Chopin, le fructueux dialogue

La pianiste toulousaine Laurence Oldak a été révélée en 2015 à la suite de l’enregistrement de son premier album solo consacré à Alexandre Scriabine et Kirill Zaborov (compositeur contemporain français d’origine biélorusse). Avec ce nouvel enregistrement elle explore un autre territoire d’échange entre deux compositeurs que l’on a rarement l’habitude d’associer. Et pourtant…
Dès l’âge de 4 ans Laurence Oldak commence ses études musicales. A 6 ans, elle entre au Conservatoire de Toulouse. A l’âge de 8 ans, elle donne son premier concert à la suite duquel elle est remarquée par Ivry Gitlis et Maria João Pires. A 14 ans elle obtient la médaille d’or au CNR de Toulouse dans la classe de Françoise Thinat et un 1er Prix de Musique de Chambre, puis entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe de Piano de Dominique Merlet et la classe de Musique de Chambre de Jean Hubeau. En 1987, elle obtient un Premier Prix de Piano et de Musique de Chambre et suit les cours de Jacques Rouvier et Théodore Paraskivesco.

Très active en musique de chambre, Laurence Oldak est une pédagogue reconnue, professeure au conservatoire d’Asnières et invitée dans de nombreux jurys et master classes. Ce nouvel album intitulé Influences et publié chez Klarthe Records, réunit donc Johann Sebastian Bach (mais aussi son fils Carl Philipp Emanuel) et Frédéric Chopin.

La Partita n° 2 BWV 826 du premier ouvre la session. Dès la Sinfonia initiale, une bienfaisante lumière émane de son jeu. La transparence de son toucher éclaire la polyphonie. Toutes les voix s’entendent. Très économe de pédale, l’interprète déroule ce chant avec un naturel, une vie qui donnent le sourire.

Les deux Préludes et Fugues qui suivent, extraits du Livre 1 et du Livre 2, prolongent cette impression heureuse tout en témoignant d’un sens étonnant de la respiration.

Le second volet de son programme explore la vision que les romantiques, admiratifs de l’œuvre de clavier de Bach, ont eue de sa musique, grâce à deux transcriptions emblématiques. Celle du célèbre choral « Ich ruf zu dir, Herr Jesu Christ » par Ferruccio Busoni en révèle toute la profondeur sans pour autant en « romantiser » l’expression. L’aspect plus monumental de la transcription de Franz Liszt du Prélude et Fugue en la mineur est également délivré de toute emphase. La transparence de la structure polyphonique reste une caractéristique majeure de cette belle interprétation.

Chopin prend le relai avec sa Sonate n° 3 en si mineur. Laurence Oldak aborde là un répertoire si souvent visité qu’il est difficile d’y apporter quelque originalité. C’est pourtant ce qui se produit ici. Si la pianiste y privilégie une grande clarté, sa sensibilité s’y exprime néanmoins pleinement avec une pudeur touchante. Sans pathos, le récit s’accompagne d’un étagement des plans sonores subtilement lumineux. Là encore, aucune affectation ne vient perturber le naturel de son jeu.

La dernière pièce gravée ici évoque une sorte de bis par lequel l’interprète conclurait un récital public. L’Andante con tenerezza de Carl Philipp Emanuel Bach, révèle l’extrême sensibilité de l’interprète. L’héritage du père se trouve ainsi comme exploré dans la perspective du romantisme naissant. L’émotion naît d’une écriture et d’un jeu admirablement coordonnés.

Voici un album hautement recommandable pour tous les amateurs d’intimité musicale !

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