Danse

Une princesse de science-fiction

Avec ce ballet dont la trame dramatique est issue du plus ancien texte en prose de la littérature japonaise, Jiri Kylian nous propose un spectacle dont l’intérêt est autant musical que chorégraphique.

La légende de cette Princesse habitant la Lune et venant passer un moment sur Terre avant de retourner parmi les siens se retrouve depuis des siècles dans la culture japonaise sous toute ses formes : dessins, peintures, pièces de théâtre, livres pour enfants, films, dessins animés et, plus près de nous, mangas et jeux vidéos. C’est dire la popularité de ce conte !

Alice Renavand (Kaguyahime) (crédit photo : Anne Deniau)

Le compositeur japonais Maki Ishii (1936-2003) a cependant été le premier à considérer cette histoire comme un argument chorégraphique. Il écrivit donc une partition qui fut créée lors d’un concert en 1985 à Berlin. Participait à cette création le chef d’orchestre Michael de Roo, un proche de Jiri Kylian. Et c’est donc presque tout naturellement que le Nederlands Dans Theater (NDT) donnait en 1988 sa propre version chorégraphique de l’œuvre, une première ayant vue le jour dès 1985 au Japon dans une scénographie d’Hiroshi Teshigawara. En 1991, le NDT présentait Kaguyahime à l’Opéra de Paris avec un succès retentissant. Presque vingt ans après, Jiri Kylian fait entrer ce ballet, aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure du 20ème siècle, au répertoire de notre première scène nationale, et dans le cadre d’une nouvelle production.

L’orchestre de Kaguyahime – (Crédit photo : Christophe Pelé)

Si la partition chorégraphique du maître tchèque est reconnaissable entre mille : fluidité, rapport intime au rythme musical, célébration du corps humain, la partition musicale relève clairement de l’exceptionnel. En effet, outre un ensemble de percussions invité, la fosse de l’Opéra Bastille accueillait également l’ensemble Kodô de l’île de Sado, composé de sept exécutants, ainsi que trois interprètes de gagaku, la musique de cour traditionnelle et millénaire du Japon. Il n’est rien de dire combien tous ces musiciens, largement mis en scène, y compris parfois sur le plateau, constituent un spectacle dans le spectacle. En costumes traditionnels, parfois torse nu, modulant avec subtilité le plus infime pianissimo, portant la partition jusqu’à une incandescence véritablement tellurique, ils scandent le cheminement terrestre de la Princesse avec une incroyable force. Une véritable ovation les salua au rideau final, ainsi que leur chef, Michael de Roo et les artistes de la danse, particulièrement Alice Renavand (Sujet) qui, ce soir-là, incarnait Kaguyahime, cette créature extra-terrestre, avec beaucoup de maîtrise, de distance et de candeur.

Un spectacle littéralement hypnotique !

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