Danse

L’ineffable émotion de Giselle

Né, pourrions-nous dire, ici même, sur la scène de l’Académie royale de musique en 1841, le ballet Giselle, authentique chef d’œuvre de ce que l’histoire de la danse a nommé « ballet blanc », revient en ce début de saison au Palais Garnier. Salles combles. Evidemment.
Porté sur les fonds baptismaux par une poignée d’artistes de premiers plans dont Adolphe Adam (compositeur), Théophile Gautier (écrivain), Jules-Henry Vernoy de Saint-Georges (dramaturge), Jean Coralli et Jules Perrot (chorégraphes), Giselle a fait ses premiers pas dans ceux de deux génies de la danse, deux interprètes inoubliables : Carlotta Grisi (1819-1889), la femme de Jules Perrot, et Lucien Petipa (1815-1898), son partenaire attitré.

Subtile alchimie de genres, mélangeant pastorale et fantastique, gaieté et drame, c’est un ballet avant tout féminin. Il retrace les amours contrariées de la charmante et naïve Giselle qui, trompée par Albrecht, en perd la raison et meurt, rejoignant ainsi la troupe des Willis, fantômes cruels des jeunes filles mortes avant leur mariage et écumant de nuit les forêts, sous la conduite implacable de leur reine Myrtha, en quête d’hommes à tuer. Mais, au-delà de tout, l’amour peut bien des miracles…
Aurélie Dupont (Giselle) (Photos : Julien Benhamou)
Les présentes reprises de ce titre se font dans la chorégraphie des origines, transmise par Marius Petipa, le frère cadet de Lucien, et adaptée aujourd’hui par Patrice Bart et Eugène Polyakov, et les somptueux décors et costumes d’Alexandre Benois. Autant dire que le Ballet de l’Opéra de Paris danse sur ses terres et, pour le moins, dans son arbre généalogique.

D’ailleurs, le corps de ballet s’y montre immédiatement souverain, que ce soit dans la grande scène des vendangeurs ou celle des Willis, la perfection règne. Peut-il en être autrement avec les solistes ? Oui, certainement car cette discipline est accablante de difficultés. Mais en ce soir du 6 octobre, tout le monde est au même diapason. Imaginez un peu. Dans le rôle titre, Aurélie Dupont (étoile) est quasiment intouchable. Virtuosité (des équilibres vertigineux), musicalité (une fluidité immatérielle des bras), sensibilité (une émotion permanente), et cette manière unique de ne pas toucher terre, cette grâce en somme qui l’habite à chaque instant, tout cela et bien plus encore c’est « la » Giselle d’Aurélie Dupont. Unique !

José Martinez (Albrecht) (Photo : Julien Benhamou)
José Martinez (étoile) arrive cependant à exister dans un rôle bien plus court, celui d’Albrecht. Il lui apporte toute sa science et sa maîtrise dans cet art si exigeant. Et Dieu sait si cet artiste rigoureux et formidablement émouvant est toujours au rendez-vous de la plus extrême des qualités.

Au second acte, nous retrouvions avec plaisir l’implacable Myrtha d’Emilie Cozette (étoile).

Un mot pour saluer enfin le parfait Hilarion de Nicolas Paul (sujet) ainsi que le pas de deux des paysans au 1er acte. Interprété par Ludmilla Pagliero (sujet) et Marc Moreau (coryphée), il nous permet d’apprécier le haut niveau de cette troupe même si, pression oblige, les réceptions de Marc Moreau sont encore un peu sous tension. Mais, bon sang, que de qualités !

L’Orchestre Colonne, toujours épatant, était placé sous l’experte direction de Koen Kessels.

Robert Pénavayre.

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