Le retour en ce 2 avril 2026, au Zénith Toulouse Métropole, du Béjart Ballet Lausanne, a été suivi par 2400 spectateurs, admirateurs de toujours comme nouveaux venus dans l’univers de l’immense chorégraphe marseillais.
Le nouveau directeur artistique de cette mythique Compagnie, Julien Favreau, a inscrit la Ville rose dans sa tournée actuelle. Trois ballets étaient au programme. Le premier est en fait un medley intitulé Béjart et nous. Il est composé de courts extraits de treize opus extrêmement variés, un choix fait pour présenter les différentes facettes de l’art béjartien. De multiples musiques animent cette première partie de soirée. De Stravinsky et son Concerto en ré pour violon à Pierre Henry pour Le Jerk, nous croisons de la musique traditionnelle tchadienne (Héliogabale), Anton Webern et Richard Heuberger (Im Chambre Séparée), Johann Strauss II (Trish Trash), Mozart (Mozart), Gerardo H. Matos Rodriguez (Tango de Faust), Mikis Theodorakis (Danses Grecques), Itzhak Perlman (Dibouk), Hugues Le Bars (Arepo), Johann Strauss (Wien, Wien, nur du Allein), Jacques Brel (Ne me quittes pas, Quand on a que l’amour). Un vaste panorama des musiques qu’aimait le maître et de son génie créatif. C’est pour Julien Favreau l’occasion aussi de nous présenter en solo, en duo ou d’autres formations, l’ensemble de la troupe, mais également de permettre à des Etoiles qui ont marqué la vie de cette Compagnie de continuer à briller. Il en est ainsi d’Elisabet Ros et d’Oscar Eduardo Chacón.

La seconde partie de la soirée met au programme deux ballets emblématiques de Maurice Béjart : L’Oiseau de feu et Le Boléro. L’Oiseau d’Hideo Kishimoto et le Phénix d’Aubin Le Marchand conjuguent toute la puissance de la partition d’Igor Stravinsky en un acte de métamorphose bouleversant d’émotion. Créé en 1970 par le Ballet de l’Opéra de Paris, cette pièce n’a rien perdu de son abstraction poétique, recelant ainsi un élixir d’éternelle jeunesse. Standard de cette Compagnie, Le Boléro, sur la partition éponyme de Maurice Ravel, est toujours très attendu, non pas en terme de découverte car il est interprété dans le monde entier depuis sa création à Bruxelles en … 1961, mais parce que cette composition, en elle-même puissamment hypnotique, accompagne une danse répétitive qui ne l’est pas moins. Fidèle à la création, Julien Favreau confie La Mélodie à une danseuse. Ce soir ce sera Mari Ohashi. Vertigineuse de présence, de discipline, de musicalité aussi, elle assume ce long cérémonial aux allures païennes dans lequel le corps devient musique avec une force incantatoire.

Un mot encore pour souligner combien le Corps de ballet est d’une rigueur et d’une maîtrise stupéfiantes, sans oublier une sensualité enivrante. Un modèle qui laisse émerveillé. L’héritage de Maurice Béjart est dans de bonnes mains.
Robert Pénavayre
