Pas moins de trois visions du Lac des cygnes viennent de se télescoper sur les scènes parisiennes. Au Châtelet, il s’agissait du Lac des origines, signé Petipa et Ivanov, donné par le Mariinski de Saint-Pétersbourg, à l’opposé, au Théâtre Mogador (jusqu’au 8 janvier 2006), c’est celui, un rien sulfureux, de Matthew Bourne, quant à l’Opéra de Paris, il affiche jusqu’au 12 janvier 2006 l’original revisité par Rudolf Noureev.
Entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 1984, ce Lac freudien chorégraphié par cet immense danseur met largement en valeur le rôle du Prince, ici à l’égal d’Odile. Modifiant le final, Noureev ne fait point périr le Prince dans les eaux du lac, met le confronte à la vision de son rêve évanoui à jamais, celle de Rothbart emportant dans ses serres, tel un oiseau de proie, Odile perdue pour toujours, à l’image de cet amour, de cet éternel féminin qui lui était inaccessible.
Cette ouvre met particulièrement au premier plan le Corps de Ballet, et quand il s’agit de celui de l’Opéra de Paris, qui s’en plaindrait ? Vertigineux de précision et d’ensemble, de souplesse et d’harmonie, il reçut un triomphe largement mérité.
Dans le double rôle d’Odile/Odette, l’étoile Marie-Agnès Gillot déploie une technique sans faille (ah, ces fouettés !) en même temps qu’une belle musicalité. Pour sa prise de rôle du Prince, Hervé Moreau (premier danseur) convainc par son engagement, sa sensibilité et l’émotion qu’il sait faire naître d’une technique que l’on sait particulièrement meurtrière et intransigeante. A ses côtés, Karl Paquette (premier danseur) endossait avec autorité le double rôle ambigu de Wolfgang et Rothbart. Une mention spéciale pour l’intervention d’Alessio Carbone dans le Pas de Trois du 1 er acte, une intervention, courte certes, mais mettant bien en valeur les progrès de ce jeune premier danseur.
Comme à l’habitude, la superbe partition de Tchaïkovski était ici interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Paris sous l’experte direction du maître Vello Pähn. Si ce n’est pas du luxe.

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